jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201212 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022, M. A B et Mme C B, représentés par Me Pouderoux, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président de la communauté de communes de la Châtaigneraie Cantalienne a refusé de modifier le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section A nos 619 et 714 en zones Ae et N ;
2°) d'enjoindre au président de la communauté de communes de la Châtaigneraie Cantalienne, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de convoquer le conseil communautaire et d'inscrire à l'ordre du jour la modification du plan local d'urbanisme intercommunal en ce qu'il classe les parcelles cadastrées section A nos 619 et 714 en zones Ae et N ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes de la Châtaigneraie Cantalienne la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- la décision attaquée est illégale dès lors que les motifs qui en constituent le fondement ne leur ont pas été communiqués ;
- elle n'est pas en cohérence avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, la communauté de communes de la Châtaigneraie Cantalienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'une procédure de modification du plan local d'urbanisme intercommunal est engagée et que les requérants doivent s'inscrire dans le cadre de cette procédure.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nivet,
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
-
Une note en délibéré pour la communauté de communes de la Châtaigneraie Cantalienne a été enregistrée le 21 novembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par lettre du 3 février 2022, M. et Mme B ont demandé au président de la communauté de communes de la Châtaigneraie Cantalienne de modifier le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section A nos 619 en zone Ae du plan et 714 en zones Ae et N. Par la présente requête, ils demandent au tribunal de prononcer l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la communauté de communes suite à leur demande.
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
3. Il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que la décision de refus d'abrogation ou de modification d'un plan local d'urbanisme, qui présente un caractère réglementaire, est soumis à une obligation de motivation. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce qu'une telle décision est illégale dès lors que les motifs qui en constituent le fondement n'ont pas été communiqués doit être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". Aux termes des dispositions de l'article R. 151-22 dudit code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Selon l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
5. Les requérants soutiennent que le classement des parcelles cadastrées section A nos 619 en zone Ae et 714 en zones Ae et N du plan est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est incohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables intercommunal qui prévoit que la collectivité s'est fixée comme objectif de renforcer la dynamique géographique du territoire et d'accueillir de nouveaux habitants. Ils soutiennent également que les parcelles ne présentent aucun intérêt environnemental ou agricole, qu'elles sont desservies par les réseaux et qu'elles se situent à proximité de l'urbanisation existante. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des données librement accessibles sur le site " géoportail " que la parcelle n° 714 a été classée, pour sa partie ouest, en zone naturelle et, pour sa partie est, en zone agricole. Sur sa partie ouest, la parcelle présente le caractère d'un espace naturel boisé et s'implante dans une zone forestière plus large qui a été classée en zone naturelle par le plan local d'urbanisme intercommunal. Sa partie est, qui est située au nord du hameau de Gramont, présente, quant à elle, le caractère d'un espace agricole et jouxte au nord et au sud-ouest d'autres espaces agricoles qui ont fait l'objet d'un classement identique. La parcelle n° 619 présente le caractère d'un espace agricole et jouxte, à l'est et au nord de vastes espaces boisés ayant fait l'objet d'un classement en zone naturelle. Elle s'implante à l'est de la parcelle n° 714 qui a fait l'objet d'un même classement en zone agricole. Les circonstances que, d'une part, la parcelle est située à proximité immédiate du hameau de Gramont et que, d'autre part, elle est desservie par les réseaux et supporte une petite habitation, ne sont pas de nature à lui ôter le caractère de terrain présentant une potentialité agricole. Par ailleurs, le fait que le projet d'aménagement et de développement durables intercommunal se fixe pour objectif de renforcer la dynamique géographique du territoire et l'accueil de nouveaux habitants n'est pas de nature à priver les auteurs du plan local d'urbanisme de la faculté d'identifier des zones à protéger en raison de leurs qualités naturelles ou agricoles. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le plan local d'urbanisme intercommunal est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il classe les parcelles cadastrées section A nos 619 et 714 en zones agricole ou naturelle.
6. En troisième et dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
7. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision qu'ils contestent. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes de la Châtaigneraie Cantalienne.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Debrion, premier conseiller,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°220121
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026