jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
| Avocat requérant | ABSIDE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Purseigle (ABSIDE AVOCATS), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 avril 2022 par laquelle la préfète de l'Allier a suspendu son permis de conduire à la suite d'un contrôle médical de l'aptitude à la conduite ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui restituer sans délai son permis de conduire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai d'un mois après l'intervention du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors que n'y figurent pas le fait que l'avis médical résulte d'un médecin agréé ou de la commission médicale, qu'il n'est pas précisé l'identité du médecin ou la date à laquelle la commission s'est réunie et que la décision se borne à renvoyer à l'avis médical dont elle a pris connaissance tandis que cet avis se borne à indiquer qu'elle est inapte sans mentionner une pathologie justifiant cette inaptitude ;
- l'initiative du contrôle médical est dépourvue de fondement dès lors qu'il repose sur une lettre anonyme et que le préfet ne disposait pas d'informations suffisantes et sérieuses pour engager un contrôle médical ;
- la procédure n'a pas respecté les dispositions de l'article R. 221-14 du code de la route dès lors que l'examen médical a été réalisé par une commission médicale en lieu et place d'un médecin agréé ;
- elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations de sorte que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- le recours à l'examen psychotechnique, sur lequel est fondé la décision d'inaptitude, est irrégulier ;
- il repose sur un avis médical d'inaptitude sans fondement dès lors qu'il se fonde uniquement sur l'examen psychotechnique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision 8 avril 2022, la préfète de l'Allier a prononcé la suspension du permis de conduire de Mme A, après la tenue d'un examen médical réalisé par la commission médicale primaire de Vichy l'ayant déclarée inapte à la conduite le 1er avril 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Séraphin Asensio, secrétaire administratif de classe exceptionnelle, adjoint à la cheffe du bureau des élections, de la réglementation générale et de l'appui à la délivrance des titres, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 1er avril 2022 pris par la préfète de l'Allier et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Allier du même jour, d'une délégation en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque la décision attaquée a été prise, à l'effet de signer notamment les décisions relatives à la limitation de validité du permis de conduire sur avis de la commission médicale compétente ou es médecins consultants agréés. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article R. 221-14 du code de la route : " Postérieurement à la délivrance du permis, le préfet peut enjoindre à un conducteur de se soumettre à un contrôle médical de l'aptitude à la conduite : / 1° Dans le cas où les informations en sa possession lui permettent d'estimer que l'état de santé du titulaire du permis peut être incompatible avec le maintien de ce permis de conduire. Cet examen médical est réalisé par un médecin agréé consultant hors commission médicale ; au vu de l'avis médical émis, le préfet prononce, s'il y a lieu, soit la restriction de validité, la suspension ou l'annulation du permis de conduire, soit le changement de catégorie de ce titre ; / () ". La décision par laquelle le préfet suspend ou annule un permis de conduire, ou restreint sa validité, au motif que son titulaire est atteint d'une affection médicale incompatible avec la conduite d'un véhicule présente le caractère d'une mesure de police et doit, par suite, être motivée. Si le préfet ne peut que se référer, dans sa décision, pour en assurer la motivation, à l'avis qui lui a été communiqué par les médecins chargés du contrôle médical, lequel, conformément aux dispositions de l'article R. 4127-104 du code de la santé publique, se borne à indiquer que le titulaire du permis de conduire est inapte à la conduite d'un véhicule, il incombe aux médecins, afin d'assurer le respect des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, d'informer le titulaire des motifs médicaux sur lesquels ils se sont fondés. La signature de l'intéressé sur l'avis d'inaptitude, sous une mention selon laquelle il reconnaît avoir été informé verbalement des motifs médicaux retenus, permet ainsi de vérifier le respect de cette obligation. Il est, par ailleurs, loisible au titulaire du permis de demander communication, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, des documents conservés par les médecins relatifs à son état de santé.
4. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Allier a suspendu à compter du 8 avril 2022 la validité du permis de conduire de Mme A à la suite d'un avis médical défavorable du 1er avril 2022 dont l'intéressée, qui l'a versé au dossier, a pu prendre connaissance.
5. D'une part, la requérante soutient que l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation dès lors qu'il n'apparait pas dans l'arrêté litigieux si l'avis médical résulte d'un médecin agrée ou de la commission médicale et que n'y figurent pas l'identité du médecin ou la date à laquelle la commission s'est réunie. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que la décision de suspension contestée mentionne, à peine d'irrégularité, de telles informations.
6. D'autre part, la requérante fait valoir que l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation dès lors que la formule selon laquelle elle a pris connaissance de l'avis médical " n'est que pure fiction ", que l'avis médical se contente d'indiquer qu'elle est " inapte " avec pour seule observation " test " et qu'il n'est fait mention d'aucune pathologie justifiant son inaptitude tandis que l'arrêté du 28 mars 2022 fixe la liste des affections médicales incompatibles avec le maintien du permis de conduire. Cependant, pour motiver sa décision de suspension de permis de conduire, la préfète de l'Allier s'est référée, conformément aux prescriptions de l'article R. 221-14 du code de la route, à l'avis qui lui a été communiqué par les médecins chargés du contrôle médical qui se sont bornés, conformément aux dispositions R. 4127-104 du code de la santé publique selon lesquelles le médecin chargé du contrôle est tenu au secret envers l'administration qui fait appel à ses services, à indiquer que Mme A est inapte à la conduite d'un véhicule. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été informée des motifs médicaux sur lesquels les médecins se sont fondés dès lors qu'elle a signé l'avis d'inaptitude sous la mention déclarant " avoir pris connaissance des motifs d'ordre médical qui ont entraîné l'avis [] d'inaptitude à la conduite ". Au demeurant, cet arrêté qui mentionne les textes dont il est fait application, en particulier les articles R. 221-10 à R. 221-14, R. 226-1 à 4 et R. 224-12 du code la route, et indique qu'il ressort du dossier de l'intéressée que son état de santé ne lui permet pas de conduire un véhicule à moteur, vise l'avis médical du 1er avril 2022. Ce dernier permet d'établir que le contrôle médical, qui a eu lieu en commission médicale primaire, a été réalisé par les docteurs agréés Bernadon et Crouzery et qu'un examen psychotechnique a été réalisé le 21 mars 2022. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
7. En troisième lieu, Mme A soutient que l'initiative du contrôle médical est dépourvue de fondement dès lors qu'il repose sur une lettre anonyme et que la préfète ne disposait ainsi pas d'informations suffisantes et sérieuses pour engager un contrôle médical. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire exige une qualité particulière de l'information en possession du préfet qui peut enjoindre, conformément aux dispositions de l'article R. 221-14 1° du code de la route, à un conducteur de se soumettre à un contrôle médical de l'aptitude à la conduire dès lors que des informations en sa possession, quel que soit leur nature, lui permettent d'estimer que l'état de santé du titulaire du permis peut être incompatible avec le maintien de ce permis de conduire. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que la lettre portant signalement du comportement de Mme A au volant de son véhicule n'est pas anonyme mais a été anonymisée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, la requérante fait valoir que la procédure n'a pas respecté les dispositions de l'article R. 221-14 du code de la route qui prescrit que l'examen soit pratiqué par un médecin agréé consultant hors commission médicale dès lors que son examen médical a été pratiqué par la commission médicale. Si Mme A soutient que l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure, et à regarder même cette irrégularité comme établie, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer que cette irrégularité aurait exercé une influence sur le sens de l'arrêté attaqué ni qu'elle l'aurait effectivement privé d'une garantie. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En cinquième lieu, elle soutient qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations avant l'adoption de la décision en litige, de sorte que le principe du contradictoire n'a pas été respecté. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'examen psychotechnique qui s'est tenu le 21 mars 2022, que Mme A a pu, lors de l'entretien, faire valoir qu'elle ne manipule jamais l'ordinateur, qu'elle était en train de se rétablir d'une fracture de l'épaule droite et qu'elle ne conduit presque plus depuis la pandémie de COVID-19. Par suite la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été en mesure de présenter ses observations.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 226-2 du code de la route : " () Si le contrôle médical de l'aptitude à la conduite intervient à la suite d'une invalidation, annulation ou suspension du permis d'une durée de six mois ou plus, il est complété par un examen psychotechnique réalisé dans les conditions prévues à l'article R. 224-22. / Lors de ce contrôle médical, le médecin agréé ou la commission médicale peut prescrire tout examen complémentaire. Il peut également solliciter, dans le respect du secret médical, l'avis de professionnels de santé qualifiés dans des domaines particuliers. () ".
11. Mme A affirme que le recours à l'examen psychotechnique, sur lequel est fondée la décision d'inaptitude, est irrégulier dès lors que, selon les dispositions de l'article R. 226-2 du code de la route, cet examen ne peut être réclamé qu'en cas d'invalidation, d'annulation ou de suspension du permis de conduire pour une durée d'au moins six mois. Toutefois, s'il résulte des dispositions précitées que l'examen psychotechnique est rendu obligatoire dans les cas susmentionnés, aucune disposition ne limite la réalisation de cet examen à ces cas de figure, l'administration conservant une marge d'appréciation sur la nécessité de réaliser cet examen à l'occasion du tout contrôle médical de l'aptitude à la conduite. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le recours à l'examen psychotechnique était irrégulier.
12. En dernier lieu, Mme A fait valoir que l'arrêté en litige repose sur un avis médical d'inaptitude sans fondement dès lors qu'il ne se fonde sur aucune pathologie mais uniquement sur l'examen psychotechnique. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'absence de mention d'une pathologie dans l'arrêté en litige est justifiée par le secret médical et que Mme A a eu connaissance des motifs d'ordre médical qui ont entraîné l'avis d'inaptitude. Par ailleurs, il résulte également de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'examen psychotechnique réalisé le 21 mars 2022 pour contester la légalité de l'avis médical du 1er avril 2022. Il ressort des termes de cet examen psychotechnique que les capacités de Mme A concernant trois des quatre catégories de test dont le " test de réactions complexes de lumière directe ", le " test du chemin " et le " test de mémoire visuelle " sont très faibles. Enfin, la requérante, qui n'a pas saisi la commission départementale d'appel, ne produit aucun élément de nature à remettre en cause l'avis médical au vu duquel la préfète de l'Allier a pris la décision en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 avril 2022 portant suspension de son permis de conduire. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
AC
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