mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201297 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS (MAÎTRES MONTRICHARD / CIAUDO) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2022, M. A C, représenté par le cabinet AARPI Thémis avocats et associés, Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mars 2022 par laquelle le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure a maintenu son placement à l'isolement ;
2°) d'enjoindre au chef d'établissement du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lever la mesure d'isolement dont il fait l'objet dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que la signataire de l'acte ne disposait pas d'une délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'il ne peut vérifier cette motivation, la décision litigieuse ne lui ayant pas été communiquée ;
- la décision litigieuse a été prise en violation des droits de la défense n'ayant pas bénéficié de la communication de son dossier avant l'édiction de la décision litigieuse ni n'ayant été mis à même de présenter ses observations orales ni de se faire représenter par un avocat ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et d'inexactitude matérielle des faits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que la mesure d'isolement en litige a été levée le 7 juin 2022 ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code pénal et le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour exercer les fonctions de rapporteure publique sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- et les conclusions de Mme Jaffré, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C est écroué depuis le 21 juin 2013 et a été incarcéré au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure du 3 décembre 2019 au 13 juin 2022. Il a été placé en isolement le 14 mars 2022. Par une décision du 17 mars 2022, le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure a maintenu son placement à l'isolement pour une durée de trois mois. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. Le garde des Sceaux, ministre de la justice, soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. C dirigée contre la décision de prolongation de mise à l'isolement du 10 mai 2022 compte tenu de la décision du 13 juin 2022 par laquelle le chef d'établissement de la maison centrale de Moulins-Yzeure a prononcé la mainlevée de cette décision. Toutefois, il est constant que la décision contestée a fait l'objet d'un commencement d'exécution. Dans ces conditions, la décision de mainlevée prononcée par le chef d'établissement ne prive pas d'objet le recours pour excès de pouvoir formé par le requérant. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le garde des Sceaux, ministre de la justice, ne peut qu'être rejetée.
3. En revanche, du fait de la main levée de la mesure de placement à l'isolement, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction tendant à ce qu'une mesure de levée de l'isolement soit prise.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par une décision du 2 mars 2022, publiée aux recueils des actes administratifs de la préfecture de l'Allier du 16 mars 2022, le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure a donné délégation de signature à Mme D, directrice des services pénitentiaires et adjointe au chef d'établissement, pour signer notamment les décisions de placement initial et de premier renouvellement de la meure d'isolement. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " () La décision est motivée. () ".
6. La décision attaquée vise les articles R. 57-7-62 du code de procédure pénale et énonce les motifs de fait sur laquelle elle se fonde. Elle mentionne en particulier deux incidents et une dégradation de comportement vis-à-vis- des agents et des autres détenus. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été informé, le 14 mars 2022 à 15 heures10, de l'intention de l'administration pénitentiaire de proposer une mesure de maintien de son isolement. L'intéressé a alors déclaré vouloir se faire assister ou représenter par un avocat et vouloir présenter des observations orales. Le requérant a pu consulter les pièces de son dossier le 15 mars 2022 à 10h20, parmi lesquelles figurait un document mentionnant les motifs pour lesquels l'administration envisageait de maintenir le placement à l'isolement. Un avocat commis d'office a été contacté le 15 mars 2022 pour l'audience prévue le 17 mars 2022 à 11h. Il résulte, enfin, du compte rendu de l'audience du 17 mars 2022 dont les mentions sont reprises dans la décision attaquée que M. C et son conseil ont pu présenter des observations orales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre la décision de placement à l'isolement en litige, le chef d'établissement pénitentiaire s'est fondé sur une dégradation du comportement de l'intéressé du fait de son irritabilité et la remise en cause répétée de la probité des agents, une agression verbale d'une surveillante, une agression physique d'un codétenu, l'influence de l'intéressé sur les pratiques religieuses de plusieurs détenus et sa mauvaise influence sur le climat de son étage, de nombreux détenus se sentant mal à l'aise depuis son arrivée sur son étage d'affectation. M. C conteste la qualification des faits d'agressions dont il est accusé et qui ont fait l'objet de compte-rendu d'entretien, ainsi que la matérialité des faits quant à son comportement de rébellion vis-à-vis des agents pénitentiaires, de son influence négative vis-à-vis de codétenus et d'être auteur de prosélytisme religieux. Il ne ressort pas des pièces du dossier et en particulier des observations faites par les surveillants sur le comportement du requérant que ce dernier aurait un comportement qui aurait généré un malaise et des changements de pratiques religieuses de nombreux détenus, alors que seul un codétenu s'étant plaint d'être mal à l'aise et que les agents pénitentiaires n'ont observé l'évolution de la pratique religieuse que d'un détenu après que ce dernier eût passé beaucoup de temps avec M. C. Par ailleurs, il ressort des observations faites par les surveillants que s'ils ont noté une irritabilité accrue de l'intéressé, ils ont également noté que ce dernier arrivait à se contenir et s'était également excusé après avoir eu une expression verbale qui pouvait s'analyser en une tentative d'intimidation. Ainsi, les faits qui fondent la décision sont partiellement inexactes. Toutefois, il ressort des compte-rendu d'incidents et des observations des agents pénitentiaires que le requérant a bien eu des propos déplacés vis-à-vis des agents à plusieurs reprises, qu'il a commis une agression physique contre un détenu et que les agents ont noté une attitude de M. C qui semblait révéler la mise en place d'un système d'influence vis-à-vis de codétenus, conjuguée à une augmentation de son irritabilité vis-à-vis des agents laissant présager une évolution négative pour la sécurité de l'établissement, des détenus et des agents. Ces faits étaient suffisants pour justifier la décision litigieuse. Par suite, en considérant que le maintien du placement à l'isolement de l'intéressé constituait l'unique moyen d'assurer la protection des personnes et de garantir la sécurité au sein de l'établissement, le ministre n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. C doivent être rejetées et par voie de conséquence les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus de statuer sur les conclusions à fin d'injonction tendant à la levée de la mesure d'isolement du 17 mars 2022.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Bader-Koza, présidente,
- M. E, président-rapporteur,
- M. Brun, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
Le président-rapporteur,
M. E
La présidente,
S. BADER-KOZA
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026