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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201465

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201465

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantDESSALCES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2022, Mme A F veuve E et Mme G E épouse D, représentées par la SCP E et associés, Me Hennani, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-0038 du 4 mai 2022 par lequel la maire de la commune de Saint-Julien-Chapteuil a mis en demeure Mme A E ou tout ayant droit de la succession de réaliser sans délai des travaux de remplacement de la toiture du bâtiment situé sur la parcelle cadastrée section AC n°342 située place du marché ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Julien-Chapteuil la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté a été édicté en méconnaissance de l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il a été édicté en méconnaissance des articles L. 511-10 et R. 511-3 du code de la construction et de l'habitation ; le maire ne pouvait s'appuyer sur les dispositions de l'article L. 511-19 du même code pour s'affranchir de toute procédure contradictoire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors que ce n'est pas l'immeuble cadastré AC n° 342 mais l'immeuble cadastré 334 qui présente un risque de péril imminent ;

- il méconnait les articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation ; les causes du péril ne sont pas propres à l'immeuble, si bien que le maire de la commune aurait dû faire application de son pouvoir de police générale sur le fondement des articles L. 2212-1 5° et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un courrier du 3 février 2023, la commune de Saint-Julien-Chapteuil a été mis en demeure de produire des observations en défense dans un délai de trente jours.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;

- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A F veuve E et Mme G E épouse D sont respectivement usufruitière et nue-propriétaire de la parcelle cadastrée section AC n°342 située place du marché à Saint-Julien-Chapteuil (Haute-Loire). Ayant constaté que le toit de l'immeuble en litige menaçait de s'effondrer, la commune de Saint-Julien-Chapteuil a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand qui, par une ordonnance n° 2102896 rendue le 23 décembre 2021, a diligenté une expertise et a désigné M. C en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été déposé le 7 janvier 2022. Par un arrêté du 24 décembre 2021, le maire de la commune de Saint-Julien-Chapteuil a interdit l'accès à ladite parcelle. Par un arrêté du 4 mai 2022, la maire de la commune Saint-Julien-Chapteuil a mis en demeure Mme A E ou tout ayant droit de la succession de réaliser sans délai des travaux de remplacement de la toiture de l'immeuble en litige. Par la présente requête, les requérantes demandent l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, si les requérantes se prévalent de la méconnaissance de l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-10 du code de la construction et de l'habitation : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est pris à l'issue d'une procédure contradictoire avec la personne qui sera tenue d'exécuter les mesures : le propriétaire ou le titulaire de droits réels immobiliers sur l'immeuble, le local ou l'installation, tels qu'ils figurent au fichier immobilier ou, dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin, au livre foncier, dont dépend l'immeuble. () ". Aux termes de l'article R. 511-3 du même code : " Dans le cadre de la procédure contradictoire mentionnée à l'article L. 511-10, l'autorité compétente mentionnée à l'article L. 511-4 informe les personnes désignées en application de l'article L. 511-10 des motifs qui la conduisent à envisager de mettre en œuvre la police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations et des mesures qu'elle compte prendre. / Le rapport mentionné à l'article L. 511-8 et, le cas échéant, les autres éléments sur lesquels l'autorité compétente se fonde sont mis à disposition des personnes susmentionnées qui sont invitées à présenter leurs observations dans un délai qui ne peut être inférieur à un mois, ou à quinze jours dans les cas mentionnés à l'article L. 1331-23 du code de la santé publique. () ". Et aux termes de l'article L. 511-19 du même code : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune, qui vise les dispositions de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation, a entendu fonder l'arrêté en litige sur le fondement de ces dispositions, applicables en cas de danger imminent. Par ailleurs, il ressort des termes non sérieusement contestés du rapport d'expertise du 5 janvier 2022 que l'immeuble en litige présente un risque de péril imminent en raison du risque d'effondrement de la toiture, présentant un danger pour les usagers de la cour commune ainsi que pour ceux de la servitude de passage permettant d'accéder à la parcelle n° 341. Dans ces conditions, le maire de la commune de la commune de Saint-Julien-Chapteuil était fondé à prendre, en urgence, l'arrêté en litige sans avoir à respecter une procédure contradictoire préalable en application des dispositions de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation.

5. En troisième lieu, quand bien même l'arrêté ne distingue pas entre les différents bâtiments de la parcelle cadastrée n° 342, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de la commune de Saint-Julien-Chapteuil n'aurait pas examiné la situation de l'immeuble en litige avant d'édicter l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, les requérantes soutiennent que l'arrêté en litige est entaché d'erreur de fait dans la mesure où le risque ne concerne pas l'immeuble de la parcelle n°342 mais en réalité celui de la parcelle n°334. Toutefois, il ressort du rapport d'expertise, et notamment des dires de Mme B, fille de Mme A F veuve E, qu'une bâche a été posée sur la toiture de l'immeuble cadastré n° 342 en raison d'infiltrations. Il ressort également du rapport d'expertise que la bâche posée est entièrement désolidarisée du toit et pend en partie en surplomb de la porte cochère d'entrée ainsi qu'au-dessus d'une toiture d'un bâtiment de fond. L'expert relève surtout que des lauzes de la couverture se sont détachées et sont bloquées dans la gouttière pendante et des lauzes sont également tombées dans la cour. Il relève enfin que la toiture est en cours de fléchissement à son angle avec le bâtiment n° 343 et présente une importante trace d'humidité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En cinquième lieu, contrairement à ce que les requérantes se bornent à affirmer, il ne résulte pas de l'instruction que l'état de péril de l'immeuble en litige serait dû à des causes extérieures prépondérantes. Par suite, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'arrêté méconnaît les articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation et que le maire de la commune aurait dû faire application de son pouvoir de police générale sur le fondement des articles L. 2212-1 5° et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales.

8. En dernier lieu, les seules circonstances que le courrier du maire de la commune de Saint-Julien-Chapteuil du 24 décembre 2021 soit incompréhensible et que ce dernier n'aurait pas répondu à leurs courriers et courriels ne sauraient constituer un comportement constitutif d'un détournement de pouvoir. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requérantes ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de leurs conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F veuve E et de Mme E épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F veuve E, à Mme G E épouse D et à la commune de Saint-Julien-Chapteuil.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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