mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201467 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Gauché, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2022 par lequel la préfète de l'Allier a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de quatre mois ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui restituer son permis de conduire, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de statuer à nouveau sur sa situation dans les mêmes conditions ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 000 euros en réparation du préjudice subi, du fait de l'illégalité de l'arrêté du 26 mai 2022, assortie des intérêts au taux légal et capitalisation de ces intérêts ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions indemnitaires sont recevables ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait, faute pour l'administration d'avoir procédé aux vérifications prévues par les dispositions des articles L. 234-4, L. 234-5, L. 234-6, L. 235-6 et R. 235-5 du code de la route ; en particulier, il n'est pas établi que l'analyse biologique du prélèvement salivaire a été réalisée conformément aux dispositions de l'article R. 235-9 du code de la route ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que la suspension de son permis de conduire est intervenue au-delà du délai de droit commun de 72 heures à compter de la rétention du titre, prévu par les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle a été prise sur les bases d'un avis de rétention comportant une incohérence manifeste ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de sa situation personnelle, familiale et médicale ; en outre, la décision attaquée ne prend pas en compte son absence de dangerosité pour la sécurité routière ;
- au regard des éléments exposés au soutien du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, la durée de suspension de son permis de conduire est disproportionnée ;
- elle est fondée à obtenir l'indemnisation de son préjudice moral, eu égard à l'illégalité de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que :
* elle n'a pas pu se prononcer sur la demande indemnitaire préalable adressée par Mme B, cette dernière ayant introduit son recours contentieux auprès du tribunal seulement quelques jours après la réception de sa demande indemnitaire préalable ;
* les conclusions indemnitaires ne sont pas correctement chiffrées, la requérante n'apportant aucun élément de nature à motiver la quantification de son préjudice moral et financier à hauteur de 11 000 euros ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 août 2022.
Vu :
- l'ordonnance n°2201471 du juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a présenté son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 26 mai 2022, la préfète de l'Allier a suspendu pour une durée de quatre mois le permis de conduire de Mme B à la suite d'un contrôle routier du 22 mai 2022 où elle a été soumise à un dépistage de stupéfiants qui s'est révélé positif au cannabis et à la cocaïne. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et de condamner l'Etat à lui verser 11 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige, qui ne se borne qu'à édicter une mesure de suspension du permis de conduire de Mme B, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors que les dispositions de l'article L. 235-2 du code de la route se bornent à indiquer les modalités et la procédure applicables aux épreuves de dépistage aux substances ou plantes classées comme stupéfiants pouvant être réalisées à l'encontre d'un conducteur impliqué dans un accident mortel ou corporel de la circulation, la préfète de l'Allier n'était pas tenue de viser ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 235-5 du code de la route : " Les vérifications mentionnées au cinquième alinéa de l'article L. 235-2 comportent une ou plusieurs des opérations suivantes : / - examen clinique en cas de prélèvement sanguin ; / -analyse biologique du prélèvement salivaire ou sanguin. ". Aux termes de l'article R. 235-9 du même code : " L'officier ou l'agent de police judiciaire adresse l'échantillon salivaire prélevé, et le cas échéant l'échantillon sanguin prélevé, ou les deux échantillons sanguins prélevés, accompagnés des résultats des épreuves de dépistage, à un laboratoire de biologie médicale ou à un laboratoire de police scientifique, ou à un expert inscrit en toxicologie sur l'une des listes instituées en application de l'article 2 de la loi n° 71-498 du 29 juin 1971 relative aux experts judiciaires et de l'article 157 du code de procédure pénale, dans les conditions prévues par l'article R. 3354-20 du code de la santé publique / () "
4. Au regard de ses écritures, Mme B doit être regardée comme soulevant, au même titre que l'erreur de fait, une erreur de droit tirée de la méconnaissance des articles L. 234-4, L. 234-5, L. 234-6, R. 235-5 et R. 235-9 du code de la route. Si la requérante soutient dans un premier temps que l'autorité administrative n'aurait pas procédé aux vérifications prévues par les articles L. 234-4, L. 234-5 et L. 234-6 du code de la route, il est constant que ces dispositions ne sont relatives qu'à la conduite sous l'influence de l'alcool. Ainsi, et alors que la mesure litigieuse a été prise au motif d'un résultat positif à un test de dépistage au cannabis et à la cocaïne, la première branche de ce moyen doit être écartée comme étant inopérante. Par ailleurs, si la requérante soutient que l'administration n'a pas procédé aux vérifications prévues par les dispositions de l'article " L. 235-6 du code de la route ", de telles dispositions législatives n'existent pas. En outre, si Mme B soutient que les procédures de vérification prévue aux articles R. 235-5 et R. 235-9 du code de la route n'ont pas été réalisées, ces dispositions, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire ne prévoient que la décision préfectorale de suspension du permis de conduire doit mentionner ces informatives relatives à la procédure de dépistage et d'analyse des produits stupéfiants dans le sang. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que Mme B a fait l'objet, le 25 mai 2022, d'un prélèvement salivaire qui a été analysé par un expert en toxicologie près la Cour d'appel de Lyon, relevant ainsi un résultat positif à l'usage du cannabis et de la cocaïne. Il s'en suit que le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'erreur de droit, pris dans toutes ses branches, doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.-Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : () / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier qu'une mesure de rétention immédiate a été prise à l'encontre de Mme B à la suite d'un prélèvement salivaire, réalisé le 22 mai 2022 à 16h15, qui a révélé l'usage d'un produit stupéfiant. Ainsi, la vérification prévue à l'article L. 235-2 du code de la route a été réalisée à l'encontre de la requérante. En conséquence, la préfète de l'Allier disposait d'un délai de 120 heures à compter de la rétention du permis de l'intéressée pour en prononcer la suspension. Par suite, en prenant la décision attaquée du 26 mai 2022 à 9h40, soit dans le délai prévu par l'article L. 224-2 du code de la route, la préfète de l'Allier n'a pas méconnu les dispositions précitées.
7. En quatrième lieu, si la requérante se borne à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit en raison d'une incohérence présente dans l'avis de rétention la concernant, elle n'invoque cependant la méconnaissance d'aucune disposition utile du code de la route. En tout état de cause, cette incohérence touchant l'avis de rétention du 22 mai 2022, puisse-t-elle être avérée, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route : " I. - Le dépistage, à partir d'un recueil salivaire, est réalisé au moyen de tests salivaires respectant les seuils minima de détection suivants :/ 1° S'agissant des cannabiniques : () / - 9-tétrahydrocannabinol (THC) : 15 ng/ml de salive ; () ".
9. Il est constant que les dispositions précitées se bornent uniquement à détailler les modalités des tests salivaires de dépistage aux produits stupéfiants. En conséquence et, contrairement à ce que soutient la requérante dans ses écritures, elles n'obligent aucunement l'autorité administrative à inscrire, dans ses décisions portant suspension de permis de conduire pour usage de stupéfiants, les seuils minima de détection utilisés dans le cadre de l'analyse des prélèvements salivaires. Il s'en suit que le moyen doit être écarté comme inopérant.
10. En sixième lieu, si la requérante se borne à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle, familiale et médicale, dès lors que le test de dépistage à laquelle elle a été soumise constitue un " faux positif ", il est toutefois constant que la préfète de l'Allier n'avait pas à tenir compte de telles circonstances pour édicter la décision attaquée, mais seulement de celles tirées de ce que l'intéressée a conduit sous l'emprise de substances ou de plantes classées comme stupéfiants et de ce qu'elle représentait un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route. En outre, si Mme B soutient qu'elle ne représente pas un danger pour la sécurité routière, il ressort des pièces du dossier que la requérante a conduit sous l'usage de produits stupéfiants et que l'analyse de ses prélèvements salivaires a révélé la présence de molécules de tétrahydrocannabinol (THC), de cocaïne et de benzoylecgonine. Une telle infraction était nécessairement de nature à caractériser, à la date de la décision attaquée, un comportement particulièrement dangereux de l'intéressée pour elle-même, ses passagers dont sa fille, ainsi que les autres usagers de la route. Par suite, au regard de ces éléments, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de l'Allier a édicté la décision en litige.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 mai 2022. Les conclusions en annulation de la requête doivent dès lors être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées doivent l'être également.
Sur les conclusions indemnitaires :
12. Toute illégalité fautive commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
13. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Allier, en édictant la décision du 26 mai 2022 portant suspension du permis de conduire de Mme B pour une durée de quatre mois, n'a commis aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. L'administration n'étant pas partie perdante au litige, les conclusions de la requête, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZALe greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
zr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026