jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201496 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS (MAÎTRES MONTRICHARD / CIAUDO) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, M. B G, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mai 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision du 23 mars 2022 de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure lui infligeant une sanction de cinq jours de cellule disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à l'AARPI Themis en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'incompétence de l'autorité ayant décidé les poursuites ;
- elle est illégale en raison de l'incompétence de l'autorité ayant procédé à l'enquête ,
- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline ;
- elle est illégale dès lors qu'il n'a pas eu connaissance des faits reprochés et qu'il n'a pas pu consulter son dossier disciplinaire avant la tenue de la commission de discipline ;
- elle se fonde sur des faits non établis ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nivet,
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 23 mars 2022, la commission de discipline a sanctionné M. G de cinq jours de cellule disciplinaire en raison de la détention de produits stupéfiants. Suite au recours administratif formé par le détenu, le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé la sanction infligée par une décision du 5 mai 2022. Par la présente requête, M. G demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision de poursuivre la procédure a été prise par M. A E, capitaine, qui disposait d'une délégation de signature établie par le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure du 18 mars 2022. En conséquence, le moyen tiré de l'incompétence de la personne ayant décidé de poursuivre la procédure disciplinaire doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale alors en vigueur : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le rapport prévu à l'article R. 57-7-14 précité a été rédigé par M. D C, premier surveillant. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la personne ayant rédigé le rapport d'enquête doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. " Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative. " En application de l'article R. 57-7-8 du même code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement () ". L'article R. 57-7-13 du même code dispose que : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. " L'article R. 57-7-14 du même code dispose que : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi (). Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline. ".
7. Il résulte de ces dispositions que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement, qui ne peut être ni l'auteur du compte rendu établi à la suite d'un incident, ni l'auteur du rapport établi à la suite de ce compte rendu, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline.
8. Il ressort des pièces du dossier que la décision de la commission de discipline a été présidée par Mme F, officier pénitentiaire qui disposait d'une délégation, établie par décision du 18 mars 2022, lui permettant de présider la commission de discipline. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la commission était composée de deux assesseurs et que les auteurs du compte-rendu d'incident et du rapport d'enquête n'ont pas siégé au sein de la commission de discipline. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. / () / III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que, le 22 mars 2022, M. G a été destinataire d'une convocation devant la commission de discipline l'informant des faits reprochés et que son dossier disciplinaire lui a été transmis le même jour, veille de la commission de discipline. Il a ainsi été informé des faits reprochés et mis à même de préparer sa défense. Par suite, le moyen tiré de ce que les faits reprochés n'ont pas été portés à sa connaissance avant la réunion de la commission de discipline et de ce qu'il n'a pas été en mesure de consulter son dossier disciplinaire préalablement à la tenue de la commission de discipline doit être écarté.
11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () / 11° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement des produits stupéfiants, ou sans autorisation médicale, des produits de substitution aux stupéfiants ou des substances psychotropes, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; () ". Selon les dispositions de l'article R. 57-7-47 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. () ".
12. En l'espèce, il ressort du compte-rendu d'incident établi le 21 mars 2022 que M. G a demandé à un surveillant du centre pénitentiaire de transmettre à un autre détenu du tabac, des feuilles et une cigarette roulée et que de la résine de cannabis a été trouvée au sein de ces produits. Le requérant, qui se borne à soutenir que les faits ne sont pas établis, n'apporte aucun élément précis et circonstancié permettant de remettre en cause les faits constatés. Ces faits étant constitutifs d'une faute du premier degré, ils sont passibles d'une sanction de mise en cellule disciplinaire de vingt jours. Par suite, les moyens tirés de ce que les faits ne sont pas établis et de ce que la sanction de cinq jours de cellule disciplinaire est entachée d'erreur d'appréciation doivent, eu égard à la nature des faits et à la sanction maximale pouvant être infligée, être écartés.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 mai 2022 doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. G.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B G et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201496
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026