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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201509

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201509

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantMARILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet et 7 septembre 2022 M. B A, représenté par Me Bertrand-Hebrard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2022 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Les Papillons d'Or de Courpière l'a révoqué de ses fonctions et l'a radié des cadres ;

2°) d'enjoindre à l'Ehpad Les Papillons d'Or de procéder à sa réintégration à compter du 7 juin 2022, de prendre rétroactivement les mesures nécessaires pour reconstituer sa carrière et le placer dans une position régulière, de prononcer sa réintégration dans un emploi correspondant à son grade dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Ehpad Les Papillons d'Or une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'avis du conseil de discipline est entaché d'un défaut de motivation ;

- les faits ne sont pas établis et ne peuvent donc constituer une faute grave ;

- la sanction est disproportionnée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er et 27 septembre 2023, l'Ehpad Les Papillons d'Or, représenté par Me Ribet-Mariller, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Tardieu, représentant l'Ehpad Les Papillons d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est technicien hospitalier titulaire affecté sur un emploi de responsable du service cuisine de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Les Papillons d'Or à Courpière. Le 13 janvier 2022, le directeur de cet établissement l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire et a saisi, le 21 avril 2022, le conseil de discipline. Après que ce dernier a rendu un avis le 11 mai 2022, le directeur de l'Ehpad Les Papillons d'Or a, par une décision du 2 juin 2022, révoqué M. A de ses fonctions et l'a radié des cadres. Par la présente requête M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe de l'échelle des sanctions de l'article L. 533-1 ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire sans consultation préalable de l'organisme siégeant en conseil de discipline au sein duquel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. " et aux termes de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Le conseil de discipline, compte tenu des observations écrites et des déclarations orales produites devant lui, ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. () ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe. La volonté du législateur n'est pas respectée lorsque la décision prononçant la sanction ne comporte, par elle-même, aucun motif et se borne à se référer à un avis ou à un rapport dont le texte n'est ni incorporé, ni joint à la décision.

4. D'autre part, l'exigence de motivation de l'avis de la commission administrative paritaire compétente siégeant en conseil de discipline prévue par ces dispositions constitue une garantie et cette motivation peut être attestée par la production, sinon de l'avis motivé lui-même, du moins du procès-verbal de la réunion de cette commission comportant des mentions suffisantes.

5. En premier lieu, il résulte de la lecture de la décision attaquée révoquant M. A que celle-ci indique en des termes généraux qu'il est reproché au requérant " des faits d'harcèlement moral et sexuel à l'égard de deux agents placés sous son autorité " et qu'il a ainsi " manqué à obligations déontologiques d'intégrité, de probité, de dignité et de moralité ". Cette motivation ne permet d'identifier ni les personnes concernées par les agissements du requérant dès lors qu'il ressort des pièces du dossier et notamment de l'enquête administrative qu'au moins quatre agents ont en été victimes, ni les faits exacts retenus par l'autorité disciplinaire ni la date et la durée de leur survenance. Dans ces conditions, la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait.

6. En second lieu, il ressort de l'avis du conseil de discipline qui s'est réuni le 11 mai 2022 et qui a proposé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de deux ans que celui-ci se borne à indiquer que M. A comparait pour des faits reprochés d'harcèlement moral et sexuel à l'endroit de collègues de travail et à rappeler le résultat de son vote sur la proposition de sanction. Si l'Ehpad Les Papillons d'Or a produit, en défense, le procès-verbal de cette réunion du conseil de discipline à laquelle M. A a pris part, ce document ne rend compte que des propos tenus par les différents participants à la réunion du conseil de discipline avant son délibéré, sans énoncer, même indirectement, les griefs sur lesquels il s'est appuyé pour adopter son avis et n'est donc pas de nature à remédier à l'absence de motivation dudit avis. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que la décision du 2 juin 2022 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et que ce vice l'a privé d'une garantie.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 2 juin 2022 par laquelle le directeur de l'Ehpad Les Papillons d'Or a révoqué M. A et l'a radié des cadres doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

9. L'annulation d'une décision prononçant la révocation d'un agent implique nécessairement la réintégration de l'intéressé à la date de son éviction. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre au directeur de l'Ehpad Les Papillons d'Or, en exécution du présent jugement, de réintégrer M. A dans ses effectifs et de reconstituer sa carrière à compter de la notification de la décision du 2 juin 2022 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande l'Ehpad Les Papillons d'Or au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Ehpad Les Papillons d'Or le versement de la somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 juin 2022 par laquelle le directeur de l'Ehpad Les Papillons d'Or a révoqué M. A de ses fonctions et l'a radié des cadres est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Ehpad Les Papillons d'Or de réintégrer M. A dans ses effectifs et de reconstituer sa carrière à compter de la notification de la décision du 2 juin 2022.

Article 3 : L'Ehpad Les Papillons d'Or versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Papillons d'Or de Courpière.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAES La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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