jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201549 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | LINOSSIER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2022 sous le n° 2201549, M. B A, représenté par Me Linossier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Loire a refusé le
renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet aurait dû examiner la demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ; en effet, un arrêté du 5 juillet 2022 notifié le 7 juillet 2022 a abrogé la décision accordant un délai de départ de 30 jours ; ainsi, le requérant avait 48h pour contester l'arrêté portant refus de titre de séjour, à compter de la notification de l'arrêté du 5 juillet 2022 ;
- la requête est devenue sans objet, dès lors que l'intéressé a été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour le 9 août 2022 et que sa situation a fait l'objet d'un nouvel examen ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Lyon.
II. Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022 et un mémoire non communiqué enregistré le 1er février 2023, sous le n° 2202048, M. B A, représenté par Me Petit, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Loire a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois ;
2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Haute-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler pour le temps de ce réexamen ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire de s'assurer de l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dont il fait l'objet ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur de droit dès lors qu'existait déjà une décision de refus de titre de séjour datée du 13 juin 2022, toujours présente dans l'ordonnancement juridique ;
- elle constitue un détournement de procédure dès lors que la décision litigieuse n'a pas été prise dans un objectif de satisfaction de l'intérêt public dès lors qu'elle a été notifiée à un rendez-vous dont l'objet affiché était le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision litigieuse n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il lui est opposé de ne pas remplir les conditions posées par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a fait une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; en effet, il est entré en France à l'âge de 14 ans, y réside depuis 5 ans et il justifie d'une intégration sociale et professionnelle réussie ; par ailleurs, il n'a plus d'attache familiale en Guinée que ses parents aujourd'hui décédés avaient quittés et où ne réside pas son épouse ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ; dès lors qu'il lui est reproché, à tort, d'avoir exprimé son soutien à un ressortissant malien qui sera condamné par la suite à deux mois d'emprisonnement alors au demeurant qu'il a prononcé une allocution dans laquelle il a remercié la France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jaffré.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, M. B A, de nationalité guinéenne, né le 18 décembre 2002, est entré en France le 10 décembre 2017 alors qu'il était mineur. A sa majorité, il a été muni d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 11 juin 2021 au 10 juin 2022. Il a sollicité son renouvellement le 21 avril 2022. Par un arrêté du 13 juin 2022, notifié le 17 juin 2022 à 6h02, le préfet de la Haute-Loire a rejeté sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. Par un arrêté du 5 juillet 2022, notifié le 7 juillet à 14h40, le préfet de la Haute-Loire a mis fin au délai de départ volontaire assortissant l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. Par un arrêté du 8 juillet 2022, M. A a été placé dans un centre de rétention administrative. Par la requête n° 2201549, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022.
2. D'autre part, par arrêté du 12 juillet 2022, le préfet de la Haute-Loire a pris de nouveau un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire. Cet arrêté a été annulé par le magistrat délégué du tribunal administratif de Lyon par jugement du 18 juillet 2022 lequel a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour à l'intéressé le temps de réexaminer sa situation. En conséquence, le préfet de la Haute-Loire a mis fin au placement en rétention de l'intéressé et a pris le 18 juillet 2022 une décision d'assignation à résidence. Par jugement du 22 juillet 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé cette assignation à résidence. Après avoir été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour le 9 août 2022, l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté du 8 septembre 2022 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête n° 2202048, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 8 septembre 2022.
3. Les requêtes n° 2201549 et n° 2202048 sont étroitement liées, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par une même décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour du 13 juin 2022 :
Sur l'étendue du litige :
4. Par un jugement du 12 juillet 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lyon, statuant en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur la requête n° 2201549 formée par M. A, après avoir annulé l'arrêté du 5 juillet 2022 mettant fin au délai de départ volontaire a, d'une part, rejeté les conclusions à fin d'annulation des décisions du 13 juin 2022 par lesquelles le préfet de la Haute-Loire l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'autre part, renvoyé à une formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour et les autres conclusions accessoires.
5. Par suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour du 13 juin 2022 et sur les conclusions accessoires à ces conclusions.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Loire :
6. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () Lorsque le délai de recours mentionné aux alinéas précédents n'est pas expiré à la date à laquelle l'autorité compétente notifie à l'intéressé la décision de supprimer le délai de départ volontaire en application de l'article L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce délai de recours expire quarante-huit heures après cette notification. La décision de supprimer le délai de départ volontaire peut être contestée dans le même délai. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu notifier le 17 juin 2022 un arrêté du 13 juin 2022 portant refus de renouvellement de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec un délai de départ de trente jours pour y satisfaire. Il disposait alors d'un délai de trente jours pour contester cette décision. M. A a contesté les décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français le 11 juillet 2022, soit avant l'expiration du délai de recours de trente jours. Si par un arrêté du 5 juillet 2022, notifié le 7 juillet 2022, le préfet de la Haute-Loire a mis fin au délai de départ volontaire accordé à M. A, cette décision a été annulée par le jugement du tribunal administratif de Lyon du 12 juillet 2022 et a ainsi disparu de l'ordonnancement juridique. En toute état de cause l'arrêté du 5 juillet 2022 ne saurait avoir modifié de manière rétroactive le délai de recours dont M. A disposait pour contester l'arrêté du 13 juin 2022. Par suite, les conclusions présentées à fin d'annulation du refus de renouvellement du titre de séjour sont recevables.
Sur le non-lieu opposé par le préfet de la Haute-Loire :
8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'annulation par le tribunal administratif de Lyon par jugement du 18 juillet 2022 de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. A le 12 juillet 2022, le préfet de la Haute-Loire a délivré une autorisation provisoire de séjour à l'intéressé dans l'attente du réexamen de sa situation. La délivrance de cette autorisation provisoire de séjour, à la suite de l'annulation de la seule mesure d'éloignement dont faisait l'objet le requérant, ne saurait avoir eu pour effet de retirer la décision du 13 juin 2022 portant refus de titre de séjour. Par suite, le préfet de la Haute-Loire n'est pas fondé à soutenir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête.
Sur la légalité de l'arrêté litigieux :
9. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. A délivré initialement sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Loire a estimé que l'intéressé ne remplissait pas les conditions de délivrance d'un titre prévu par ce texte. Le préfet n'avait pas à examiner, de sa propre initiative, le droit au séjour du requérant au regard des articles L. 423-23 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A qui n'établit pas avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut ainsi utilement soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2201549 présentée par M. A contre le refus de titre de séjour du 13 juin 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2022 :
En ce qui concerne la légalité du titre de séjour :
11. En premier lieu, le requérant soutient que le fait pour le préfet d'édicter une décision portant refus de titre de séjour le 8 septembre 2022 à son encontre, alors qu'existait déjà une décision de titre de séjour datée du 13 juin 2022, entache l'arrêté litigieux d'un vice de procédure et d'une erreur de droit. Toutefois, il n'assortit pas ce moyen de précision suffisante, notamment sur son fondement juridique, de nature à mettre à même le juge d'en apprécier le bien-fondé. Un tel moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour qu'il avait précédemment obtenu sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne démontre pas avoir présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en fondant le refus de titre de séjour sur les seules dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Loire aurait inexactement apprécié sa demande.
13. En troisième lieu, il ne résulte pas de la motivation de la décision en litige particulièrement circonstanciée que le préfet de la Haute-Loire aurait entaché son arrêté d'un défaut d'examen de la situation de M. A, alors même que le préfet donnerait une interprétation différente de celle de l'intéressé des faits constituant sa situation personnelle.
14. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision n'ont aucune incidence sur la légalité de décision litigieuse. Par suite, alors même que le refus de titre de séjour aurait été remis à l'intéressé à l'occasion d'un rendez-vous à la préfecture qui avait été fixé pour le requérant initialement pour le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour, cette circonstance ne saurait caractériser un détournement de procédure. Dès lors, un tel moyen doit être écarté.
15. En cinquième lieu, en vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
16. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2017 à l'âge de 14 ans et a été pris en charge par les services sociaux à l'enfance. Il a suivi une formation scolaire puis une formation de CAP de cuisine qu'il n'a pas pu valider. Si le requérant démontre sa volonté d'insertion professionnelle par l'occupation d'emplois, il n'apporte aucune pièce ni aucun élément sur les liens qu'il aurait tissés en France alors qu'il est constant qu'il s'est marié le 30 septembre 2021, par procuration, avec une ressortissante malienne résidant au Mali. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Loire n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A en lui refusant un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Ainsi qu'il a été vu précédemment, M. A ne démontre pas remplir les conditions prescrites pour pouvoir prétendre à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le préfet n'était pas légalement tenu, avant de lui opposer un refus de séjour, de consulter la commission du titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
19. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision portant refus du titre de séjour sollicité, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
20. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant un pays de destination.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon les dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
23. D'une part, le requérant soutient avec raison qu'il ne peut lui être reproché son allocution publique rappelant les difficultés rencontrées par les mineurs isolés pour s'insérer dans la société publique, prononcée à l'occasion d'une manifestation de soutien d'un jeune malien. Toutefois, la seule mention, dans l'arrêté attaqué, de cette intervention ne révèle pas un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé ni une erreur d'appréciation.
24. D'autre part, en l'absence de tout lien personnel ou familial entretenu en France et alors que le requérant a épousé une ressortissante malienne qui réside au Mali, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en édictant une interdiction de retour à son encontre, le préfet de la Haute-Loire aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ou aurait commis une erreur d'appréciation.
25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2202048 présentée par M. A contre l'arrêté du 8 septembre 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2201549 et n° 2202048 de M. A sont rejetées.
Article2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Loire.
Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente du tribunal,
- Mme Jaffré, première conseillère,
- M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.
La rapporteure,
M. JAFFRÉ
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201549, N°2202048
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026