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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201620

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201620

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSHVEDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Shveda, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " et un récépissé dans l'attente de l'examen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du prononcé du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) de condamner l'Etat aux dépens.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 octobre 2022.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bollon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante malgache née le 23 novembre 1999, est entrée sur le territoire français le 2 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour valable jusqu'au 31 août 2020. Elle a par la suite été bénéficiaire d'un titre de séjour mention " étudiant " valable jusqu'au 9 février 2022. Le 15 décembre 2021 elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision du 6 mai 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 21 avril 2022, régulièrement publié le 22 avril 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision qui vise notamment l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que Mme A ne justifie ni de moyens d'existence suffisants ni du caractère réel et sérieux des études poursuivies comprend les considérations en droit et en fait qui la fondent. Il ressort par ailleurs des termes de la décision attaquée que le préfet s'est livré à un examen suffisant de situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient au préfet, lorsqu'il est saisi par un étranger d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour délivré sur le fondement de ces dispositions, de s'assurer du caractère réel et sérieux des études poursuivies par l'intéressé.

5. Il ressort des pièces du dossier que, depuis son arrivée en France Mme A a été inscrite pour l'année 2019/2020 en première année commune aux études de santé qu'elle n'a pas validée, pour l'année 2020/2021, elle s'est inscrite en première année de licence mathématiques et chimie, option accès santé et a échoué aux examens. Renonçant à la poursuite de ce cursus d'étude, elle s'est inscrite pour l'année 2021/2022 en première année de droit qu'elle n'a pas validée. Si Mme A fait valoir que ses études ont été perturbées par sa grossesse, la difficulté de trouver un mode de garde pour son enfant ainsi que par sa dépression et son isolement, elle ne verse aux débats aucun document ou élément corroborant ses allégations. Si Mme A se prévaut de son admission à la formation DEUST préparateur/technicien en pharmacie en CFA à Paris, pour les années 2022/2024, elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à expliquer cette nouvelle réorientation et ne démontre pas, par les pièces qu'elle produit, la réalité de son inscription à la formation envisagée. Dès lors, Mme A, qui ne conteste pas ne pas disposer de moyens d'existence suffisants, ne justifie pas d'une progression significative dans ses études depuis son arrivée en France. Il s'ensuit que le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, refuser de renouveler son titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à Mme A doit être écarté.

7. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

8. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français étant fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du même code. Il résulte de ce qui précède que la décision relative au séjour est suffisamment motivée. Il ressort par ailleurs des termes de la décision attaquée que le préfet s'est livré à un examen suffisant de la situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale que la requérante forme avec son enfant puisse se reconstituer dans son pays d'origine. Ainsi la décision attaquée qui n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A de son enfant ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen doit par suite être écarté.

10. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que " les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont également violées, car chacun a droit au respect de sa vie privée et familiale ", Mme A, qui n'assortit son moyen d'aucune précision, ne permet pas au tribunal d'en apprécier son bien-fondé. Par suite, le moyen est écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, la décision attaquée comporte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

12. En second lieu, pour soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme A soutient qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à étayer ses affirmations quant à la réalité de risques actuels qu'elle allègue en cas de retour à Madagascar. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 mai 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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