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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201717

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201717

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2022, M. A B, représenté par la SCP A.B.C.G, Me Grebille-Romand, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2016 portant retrait de trois points du capital de son permis de conduire, ensemble la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 11 mai 2022 rejetant partiellement son recours gracieux introduit le 14 avril 2022 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer l'intégralité de ces points au capital de son permis de conduire dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur et des outre-mer une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a jamais reçu notification de la décision du 22 juin 2016 portant retrait de trois points au capital de son permis de conduire ;

- la décision du 22 juin 2016 est illégale en l'absence d'information préalable ; elle résulte d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été informé des droits prévus par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de l'infraction n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la décision en litige a été portée à la connaissance de M. B par envoi de lettres simples référencées 48 à l'adresse relevée lors de l'établissement du procès-verbal d'infraction en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la procédure d'information préalable a été observée conformément aux dispositions du code de la route dès lors que l'intéressé a pris connaissance des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route sous lesquelles il a signé ;

- la réalité de l'infraction est établie au regard de la mention " AM " figurant sur son relevé d'information intégral.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis des infractions le 14 décembre 2011 et le 22 juin 2016 portant respectivement retrait de deux et trois points du capital de son permis de conduire. Par courrier du 14 avril 2022 réceptionné le 19 avril 2022, M. B a exercé un recours gracieux à l'encontre de ces deux décisions auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer. Par une décision du 11 mai 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a informé M. B de la restitution de deux points au capital de son permis de conduire suite à l'infraction du 14 décembre 2011. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 22 juin 2016 portant retrait de trois points du capital de son permis de conduire ensemble, la décision du 11 mai 2022 rejetant partiellement son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la notification :

2. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ce retrait. Cette notification a pour seul objet de rendre celui-ci opposable à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Ainsi, la circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve de la notification, effectuée par lettre simple, de la décision attaquée, n'entache pas par elle-même la décision de retrait de points d'illégalité. Elle a seulement pour conséquence de rendre le requérant recevable à contester la légalité de ce retrait de points. Ainsi, le moyen est inopérant et doit être écarté.

Sur la réalité de l'infraction :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Aux termes de l'article 529-2 du code de procédure pénale : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par l'article 529-10, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public ".

4. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

5. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit en défense, que M. B a réglé l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction commise le 22 juin 2016. Dans ces conditions, la réalité de l'infraction doit être regardée comme établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 précité du code de la route. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

Sur l'information préalable :

6. Aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ".

7. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

8. En l'espèce, le ministre de l'intérieur produit une copie du procès-verbal électronique de contravention du jour de l'infraction du 22 juin 2016 à 18 heures 32. Ce dernier a été signé par M. B et fait état de l'ensemble des informations qui doivent être délivrées en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, et au regard de ce qui a été dit au point 7, l'administration doit être regardée comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information. Au demeurant, l'intéressé ne démontre pas s'être vu remettre un avis de contravention inexact ou incomplet. Par suite, le moyen tiré de l'absence de délivrance de ces informations lors de l'infraction du 22 juin 2016 doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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