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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201749

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201749

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2022, Mme A B, représentée par SCP Blanc - Barbier - Vert - Remedem et Associés Me Remedem, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 8 juillet 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne fait nullement état de la disponibilité des traitements médicaux ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'est pas justifiée par un besoin social impérieux et ses conséquences sont disproportionnées au regard de son droit à suivre des soins médicaux ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bader-Koza a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante angolaise, est entrée régulièrement au Portugal le 26 janvier 2020, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 26 décembre 2019 au 8 février 2020. Le 23 septembre 2020, Mme B a sollicité auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme son admission au séjour au titre du 11° de l'article L. 313-11 devenu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 8 juillet 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En tout état de cause, Mme B n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par l'intéressée ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 21 avril 2022, régulièrement publié le 22 avril 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'acte attaqué, dans l'ensemble des décisions qu'il comporte, contient les éléments de fait et de droit sur lesquels il se fonde. Au demeurant, le préfet n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (.) ".

6. D'une part, il ressort de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 4 mai 2021, produit par le préfet en défense, que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Le collège n'était ainsi pas tenu, contrairement à ce que soutient la requérante, de se prononcer sur l'offre de soins en Angola et sur la possibilité de bénéficier dans ce pays d'un traitement approprié à sa pathologie. Par suite, l'avis rendu le 4 mai 2021 ne présente pas un caractère irrégulier.

7. D'autre part, pour refuser de délivrer à Mme B le titre de séjour sollicité, le préfet du Puy-de-Dôme s'est notamment appuyé sur l'avis précité du collège de médecins de l'OFII en date du 4 mai 2021 dont le contenu a été rappelé au point précédent. Pour contester cette appréciation, la requérante soutient qu'elle fait l'objet d'un important suivi médical, dont le défaut devrait entrainer pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'elle ne peut voyager sans risque en raison de ce suivi médical, et que l'accessibilité aux soins en Angola est limitée. Au soutien de ses allégations, les seuls documents produits par Mme B, dont il ressort qu'elle souffre d'une hépatite B chronique dont la charge virale est stable, ne nécessitant pas de traitement, et qu'elle présente un état dépressif en raison de deux précédentes fausses couches pour lequel elle bénéficie d'un traitement, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du préfet. En tout état de cause, s'il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, elle était enceinte de huit mois et qu'en raison de son hépatite B, les derniers mois de sa grossesse devaient être surveillés afin de prévenir une transmission au foetus de sa maladie, cette seule circonstance, si elle peut faire obstacle à son éloignement sans délai, n'est pas de nature à justifier l'octroi d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet n'était pas tenu de se prononcer sur l'existence de soins appropriés en Angola. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante séjourne en France au plus tard depuis le dépôt de sa demande de titre de séjour du 23 septembre 2020. Il ressort des pièces du dossier que son conjoint fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Mme B, sans emploi, ne justifie pas de liens personnels et familiaux stables, anciens et intenses en France, ni d'une insertion suffisante dans la société française, les pièces produites concernant uniquement son époux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des mentions de la demande de titre de séjour de Mme B, que celle-ci n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle. Par conséquent, et dès lors que le préfet n'a pas examiné d'office sa demande sur un tel fondement, elle ne saurait utilement invoquer, à l'appui de sa contestation, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012.

11. En septième lieu, à la date de la décision en litige, Mme B, qui ne peut utilement se prévaloir de la naissance d'un enfant postérieurement à cette date, à laquelle doit être appréciée la légalité de ladite décision, n'était la mère d'aucun enfant, nonobstant la circonstance qu'elle était enceinte. Dès lors, elle ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. En huitième lieu, en se bornant à soutenir qu'" il n'apparaît pas que cette décision [portant obligation de quitter le territoire français] soit justifiée par un besoin social impérieux " et que les conséquences de la mesure d'éloignement prise à son encontre serait disproportionnée par rapport à son droit à recevoir les soins que son état de santé nécessite, la requérante n'apporte pas d'éléments de nature à contester utilement la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En neuvième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen suffisant de la situation de la requérante avant de prendre la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle doit être écarté.

14. En dernier lieu, si Mme B évoque des risques encourus dans son pays d'origine, elle n'assortit pas cette allégation des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de la décision du 8 juillet 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins d'injonction, d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Bordes, premier conseiller,

M. Jurie, premier conseiller,

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La présidente,

S. BADER-KOZA

L'assesseur le plus ancien,

J.F. BORDES

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

JC

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