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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201755

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201755

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantDMMJB AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 août 2022 et le 26 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Teyssier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du maire de la commune de Cébazat rejetant sa demande tendant à abroger le plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'il classe ses parcelles cadastrées AT nos 210 et 207 en zone naturelle ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par Clermont Auvergne Métropole sur cette même demande ;

3°) d'enjoindre à Clermont Auvergne Métropole de classer les parcelles concernées en zone constructible ;

4°) de mettre à la charge de Clermont Auvergne Métropole la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la commune de Cébazat était tenue de transmettre sa demande à Clermont Auvergne Métropole et qu'une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la métropole ;

- le courrier du 14 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Cébazat a rejeté son recours administratif et l'informe de ce que la métropole est compétente est insuffisamment motivé ;

- le classement en zone naturelle de ses parcelles est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, Clermont Auvergne Métropole, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Bonnicel-Bonnefoi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de ce que les parcelles étaient déjà classées en zone naturelle avant la dernière délibération de révision du plan local d'urbanisme et, qu'en conséquence, il ne peut se prévaloir d'aucune décision lui faisant grief ;

- le moyen tiré de que le courrier du 14 juin 2022 est insuffisamment motivé est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 mars 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Un mémoire produit par M. A B a été enregistré le 6 mars 2024.

Un mémoire produit par Clermont Auvergne Métropole a été enregistré le 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- les observations de Me Teyssier, représentant M. B, et de Me Bonicel-Bonnefoi, représentant Clermont Auvergne Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Selon les dispositions de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie. () ".

2. Par courrier du 22 avril 2022, M. B a formé un recours administratif auprès de la commune de Cébazat à fin d'abroger le plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'il classe ses parcelles cadastrées nos 210 et 207 en zone naturelle. Par lettre du 14 juin 2022, le maire de la commune a rejeté sa demande au motif qu'elle était infondée. Ce courrier précisait par ailleurs que la métropole était devenue compétente en matière d'urbanisme. En application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, la demande de M. B est réputée avoir été transmise à Clermont Auvergne Métropole et une décision implicite de rejet est survenue à l'expiration d'un délai deux mois à compter de la date de réception de la demande par la commune de Cébazat. Ainsi, par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par Clermont Auvergne Métropole sur sa demande.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

3. En premier lieu, la circonstance que le courrier du 14 juin 2022 du maire de la commune de Cébazat serait insuffisamment motivé est sans incidence sur la légalité de la décision implicite de rejet de Clermont Auvergne Métropole qui était seule compétente pour se prononcer sur la demande de M. B. Au demeurant, il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que la décision de refus d'abrogation d'un plan local d'urbanisme est soumise à une obligation de motivation. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme inopérant.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation.

5. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées AT nos 210 et 207 sont situées à l'ouest de la partie urbanisée de la commune de Cébazat. Si quelques habitations résidentielles sont situées à proximité à l'ouest et au nord des parcelles, ces dernières s'ouvrent au sud sur un vaste espace naturel. Par ailleurs, à l'exception d'une piscine édifiée par le requérant, pour laquelle il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas obtenu les autorisations d'urbanisme requises, les parcelles présentent le caractère d'un espace naturel. L'axe 4 du projet d'aménagement et de développement durables intitulé " Préserver les rapports étroits entre Ville et nature et maitriser l'impact de l'urbanisation sur l'environnement " prévoit de protéger les espaces naturels, d'assurer la maîtrise du développement urbain et l'utilisation économe des espaces. Dans ces conditions, les auteurs du plan local d'urbanisme, qui ont entendu, conformément au projet d'aménagement et de développement durables, préserver les espaces naturels ont ainsi fixé la limite de la zone urbanisée au plus près des constructions ayant un accès à la voie publique. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, qu'ils ont décidé de classer les parcelles cadastrées AT nos 210 et 207 en zone naturelle . Enfin, contrairement à ce que soutient M. B, la circonstance, à la supposer établie, que les parcelles puissent faire l'objet d'un secteur de taille et de capacité d'accueil limitées en application de l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Clermont Auvergne Métropole, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la métropole et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à Clermont Auvergne Métropole une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à Clermont Auvergne Métropole.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Debrion, premier conseiller,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

C. BENTÉJAC

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201755

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