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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201758

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201758

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantLOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2022, Mme A B, représentée par Me Loiseau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 juin 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 octobre 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bollon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante kosovare née le 7 novembre 1989, est entrée irrégulièrement sur le territoire français en novembre 2018 accompagnée de son époux et de son fils. Le 29 novembre 2021, elle a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 22 juin 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour sollicitée, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 28 septembre 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas plus lieu de statuer sur la demande tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. " et aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

4. Pour refuser d'accorder à Mme B l'admission provisoire au séjour sollicitée, le préfet du Puy-de-Dôme s'est notamment appuyé sur l'avis émis le 11 mars 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel indique que l'état de santé du fils mineur de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et, qu'au surplus, au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis du collège de médecins, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

5. Pour remettre en cause l'appréciation portée par le préfet, Mme B, qui a levé le secret médical, soutient que son fils est atteint d'une paralysie complète du plexus brachial gauche causant un retard de développement qui nécessite un suivi médical adapté. Mme B produit plusieurs documents médicaux et administratifs permettant d'établir que la pathologie dont souffre son fils nécessite une prise en charge médico-chirurgicale spécialisée, une rééducation en kinésithérapie, ainsi qu'une prise en charge au sein d'un institut d'éducation motrice. Il est également établi que cet enfant bénéficie d'une aide humaine individuelle pour sa scolarité attribuée par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. Toutefois, ces seuls éléments, en l'absence d'indication notamment quant aux conséquences qu'entraînerait pour cet enfant un défaut de prise en charge médicale en France, ne suffisent pas à remettre en cause le sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à établir que l'absence de continuité de sa prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, et dès lors que le fils de Mme B ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant le titre de séjour sollicité par Mme B.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Eu égard à ce qui a été dit précédemment au point 5 concernant l'état de santé du fils de Mme B, la décision en litige n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de cette dernière. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée irrégulièrement en France le 16 novembre 2018 afin de solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 avril 2019, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 4 septembre 2019. Si elle a bénéficié, entre le mois d'août 2021 et le mois de novembre 2021, d'une autorisation provisoire de séjour en raison de l'état de santé de son fils, cette autorisation ne lui donnait pas, en l'absence d'autres circonstances, vocation à s'établir durablement sur le territoire français. Par ailleurs, l'époux de la requérante fait également l'objet d'une mesure d'éloignement du même jour. Si la requérante se prévaut de l'état de santé de son fils, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'il n'est pas établi que le défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, la cellule familiale peut se reconstituer hors de France, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le second fils de la requérante est né sur le territoire français le 15 avril 2021. De plus, Mme B ne justifie d'aucune intégration particulière au sein de la société française. Enfin, elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet a porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à Mme B doit être écarté.

10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 22 juin 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par suite, la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme B tendant à son admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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