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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201781

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201781

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 22 août 2022, M. B A, représenté par Me Gauché, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de deux jours ;

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de deux jours ;

6°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat à lui verser cette même somme par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les actes litigieux sont insuffisamment motivés ;

- ils ont été pris par une autorité incompétente ;

- les actes méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il justifie de documents d'identité réguliers ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente des documents d'identité réguliers ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas un risque de fuite ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bader-Koza,

- les observations de Me Bourg, substituant Me Gauché, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, est entré irrégulièrement en France selon ses déclarations en septembre 2017 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par jugement du tribunal de grande instance de Moulins du 17 septembre 2018. Le 28 octobre 2020, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès de la préfecture de l'Allier. Par un arrêté du 11 juillet 2022, la préfète de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par une décision du même jour, la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces actes.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 28 septembre 2022. Par suite, les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, les actes attaqués sont signés par M. Alexandre Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet de l'Allier du 30 mars 2022, régulièrement publié, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception des déclinatoires de compétence et arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les actes attaqués comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En dernier lieu, si M. A soutient que les décisions litigieuses méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

7. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité / () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. ".

8. Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

9. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

10. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de l'unité de fraude documentaire et à l'identité de la direction inter-départementale de la police aux frontières de Clermont-Ferrand, en date du 24 juin 2021, concernant les actes d'état civil produits par M. A, que ce service a conclu à l'incomplétude et l'irrégularité de ces derniers. Le requérant, qui ne conteste pas l'irrégularité et l'incomplétude de l'extrait du registre de transcription et du jugement supplétif alors produits, soutient que la préfète a commis une erreur de fait dès lors qu'il justifie d'un passeport et d'une carte consulaire. Si M. A produit à l'instance une seconde copie intégrale de son acte de naissance établie, cette fois-ci, le 25 juin 2021, le préfet avait seulement à sa disposition pour prendre l'arrêté contesté le rapport précité qui concluait à l'irrégularité et l'incomplétude des documents remis par M A. Par suite, ce document ne peut être regardé comme attestant de manière probante de son état civil. En outre, le passeport établi par les autorités guinéennes et la carte consulaire produits, ont été délivrés sur le fondement d'un acte d'état civil dont il vient d'être dit qu'il n'a pas une valeur probante suffisante, si bien qu'ils ne permettent pas plus d'établir l'état civil du requérant. Par suite, la décision n'est pas entachée d'erreur de fait sur ce motif.

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la préfète a pu, à bon droit, refuser sa demande en raison de l'absence d'état civil établi. Dès lors, le requérant ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la délivrance de la carte de séjour temporaire aux jeunes étrangers qui ont été confiés avant l'âge de 16 ans à l'aide sociale à l'enfance.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de l'arrêté portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté portant obligation de quitter le territoire.

13. En second lieu, si M. A soutient que l'obligation de quitter le territoire est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses effets sur sa situation personnelle, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre le refus de délai de départ volontaire.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; () ".

16. Le requérant soutient que la préfète de l'Allier a méconnu les dispositions législatives précitées dès lors que sa demande n'était pas frauduleuse. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 10, les documents d'état civil produits par le requérant à l'appui de sa demande de titre de séjour ne présentaient pas de valeur probante. Par suite, la préfète de l'Allier était fondée à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire pour ce motif.

17. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que le refus de délai de départ volontaire est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas un risque de fuite, dans la mesure où ce n'est pas sur ce motif que s'est fondée la préfète pour édicter la mesure litigieuse.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de l'arrêté portant refus de délai de départ volontaire n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.

19. En second lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire prononcée à son encontre porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, il n'assortit par ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la mesure d'éloignement n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'assignation à résidence.

21. En second lieu, si le requérant soutient que la mesure litigieuse est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation des décisions du 11 juillet 2022 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquences les conclusions présentées aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Bordes, premier conseiller,

M. Jurie, premier conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La présidente,

S. BADER-KOZA

L'assesseur le plus ancien,

J.F. BORDES

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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