jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201826 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | LAGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 19 août 2022 et le 15 décembre 2023, l'association France Nature Environnement (FNE) Puy-de-Dôme, l'association France Nature Environnement (FNE) Auvergne-Rhône-Alpes, l'association One Voice et l'association Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes demandent au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté préfectoral n° 20220892 du 22 juin 2022 relatif à l'ouverture et à la clôture de la chasse pour la campagne 2022-2023 dans le département du Puy-de-Dôme en tant qu'il prévoit à son article 3 des périodes complémentaires de vénerie sous terre du blaireau du 1er juillet 2022 jusqu'à l'ouverture générale de la chasse et du 15 mai au 30 juin 2023 ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler dans son intégralité l'arrêté préfectoral n° 20220892 du 22 juin 2022 relatif à l'ouverture et à la clôture de la chasse pour la campagne 2022-2023 dans le département du Puy-de-Dôme ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- les membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage n'ont pas reçu les informations nécessaires pour émettre un avis éclairé et mesuré sur le projet d'arrêté concernant la vénerie sous terre du blaireau ;
- l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance des dispositions du II de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;
- l'instauration de la période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau entre le 15 mai 2023 et le 30 juin 2023 méconnaît les dispositions de l'article R. 424-5 du code de l'environnement ;
- le préfet ne démontre ni l'existence de dégâts qui seraient de nature à porter une atteinte à l'équilibre agro-sylvo-cynégétique, ni l'efficacité des opérations de vénerie sous terre pour remédier à cette atteinte, à la supposer avérée ;
- l'arrêté ne respecte pas le principe du prélèvement raisonnable, faute de définir un plafond de prélèvement des blaireaux et faute pour le préfet de rechercher d'autres solutions satisfaisantes ;
- en instaurant des périodes complémentaires, le préfet met en danger les jeunes blaireaux susceptibles d'être exposés à la destruction au cours de ces périodes et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 29 mai 2023, la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- son intervention est recevable ;
- les associations requérantes ne disposent pas d'un intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés par les associations requérantes ne sont pas fondés.
Un mémoire en défense, présenté par le préfet du Puy-de-Dôme, a été enregistré le 19 décembre 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience en application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution, notamment la Charte de l'environnement ;
- la convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Debrion,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, représentant l'association France Nature Environnement (FNE) Puy-de-Dôme.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n° 20220892 du 22 juin 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a fixé les dates et modalités d'ouverture et de clôture de la chasse dans le département pour la campagne 2022-2023. Par la présente requête, l'association France Nature Environnement (FNE) Puy-de-Dôme, l'association France Nature Environnement (FNE) Auvergne-Rhône-Alpes, l'association Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes et l'association One Voice demandent, à titre principal, l'annulation de cet arrêté préfectoral en tant qu'il prévoit à son article 3 des périodes complémentaires de vénerie sous terre du blaireau du 1er juillet 2022 jusqu'à l'ouverture générale de la chasse et du 15 mai au 30 juin 2023, à titre subsidiaire, l'annulation intégrale de cet arrêté.
Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme :
2. Une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles du défendeur.
3. Le préfet du Puy-de-Dôme n'ayant pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction, l'intervention en défense de la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme n'est pas recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'environnement : " Nul ne peut chasser en dehors des périodes d'ouverture de la chasse fixées par l'autorité administrative selon des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 424-5 du même code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 7 de la charte de l'environnement : " Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi () de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement ". Aux termes de l'article L. 120-1 du code de l'environnement : " I. - La participation du public à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement est mise en œuvre en vue : / 1° D'améliorer la qualité de la décision publique et de contribuer à sa légitimité démocratique ; / 2° D'assurer la préservation d'un environnement sain pour les générations actuelles et futures ; / 3° De sensibiliser et d'éduquer le public à la protection de l'environnement ; / 4° D'améliorer et de diversifier l'information environnementale. / II. - La participation confère le droit pour le public : / 1° D'accéder aux informations pertinentes permettant sa participation effective ; / 2° De demander la mise en œuvre d'une procédure de participation dans les conditions prévues au chapitre Ier ; / 3° De disposer de délais raisonnables pour formuler des observations et des propositions ; / 4° D'être informé de la manière dont il a été tenu compte de ses observations et propositions dans la décision d'autorisation ou d'approbation () ". Aux termes de l'article L.123-19-1 du même code : " I. - Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas aux décisions qui modifient, prorogent, retirent ou abrogent les décisions mentionnées à l'alinéa précédent soumises à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Ne sont pas regardées comme ayant une incidence sur l'environnement les décisions qui ont sur ce dernier un effet indirect ou non significatif. /II. - Sous réserve des dispositions de l'article L. 123-19-6, le projet d'une décision mentionnée au I, accompagné d'une note de présentation précisant notamment le contexte et les objectifs de ce projet, est mis à disposition du public par voie électronique et, sur demande présentée dans des conditions prévues par décret, mis en consultation sur support papier dans les préfectures et les sous-préfectures en ce qui concerne les décisions des autorités de l'Etat, y compris les autorités administratives indépendantes, et des établissements publics de l'Etat, ou au siège de l'autorité en ce qui concerne les décisions des autres autorités () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la note de présentation mise à disposition du public, visant à préciser notamment le contexte et les objectifs de l'arrêté du 22 juin 2022 au sens des dispositions précitées du II de l'article L. 123-9-1 du code de l'environnement, et à laquelle était joint le projet d'arrêté portant sur l'ouverture et la clôture de la chasse pour la campagne 2022-2023 dans le département du Puy-de-Dôme, est un document en date du 23 mai 2022. La lecture de ce document fait état de ce que les membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage ont souhaité maintenir une ouverture anticipée au 15 mai 2023 compte tenu des dégâts occasionnés par les blaireaux dans les cultures, des risques de blessures causés par les terriers dans les prés ou en bordure de pré pour les animaux d'élevage, des risques causés par les galeries lors de travaux avec les engins agricoles et des risques de perforation des digues, de terriers sous les routes et aux abords des voies ferrées. Ce document qui liste de manière générale les dommages occasionnés par cette espèce indique qu'une période complémentaire de chasse permet d'intervenir rapidement sur les secteurs où des dégâts sont constatés, que la carte de présence du blaireau dans le département du Puy-de-Dôme met en exergue une répartition homogène de l'espèce sur l'ensemble du territoire sur la période 2011-2020, que les conclusions d'une étude réalisée par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage en 2016 font apparaître une densité de 3,91 blaireaux adultes par km2 sur la zone agricole des Dômes et qu'en 2019, 296 blaireaux ont pu être observés sur 32 communes de l'Artense, pour conclure que les prélèvements restent raisonnables au regard de l'état des populations, de leur répartition et de leur densité sur le département. Toutefois, ce document, qui comporte des informations essentiellement d'ordre général sur l'espèce en cause, ne précise pas le contexte local de la mesure projetée et notamment, ne comporte pas d'indications relatives à la population de blaireaux dans le département en 2022, aux nécessités et pratiques traditionnelles de cette chasse, aux prises effectuées les années précédentes par déterrage ainsi qu'à la réalité des dégâts occasionnés ou encore aux solutions alternatives envisagées, la mention de ces informations étant nécessaire afin de permettre le respect effectif du principe de participation du public au projet de décision en cause. Ce document ne satisfait dès lors pas aux exigences prévues au II de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement alors que l'arrêté en litige a, au sens de cet article L. 123-19-1, une incidence sur l'environnement.
7. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est toutefois de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
8. En l'espèce, le non-respect, par l'autorité administrative, de la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige a privé le public, et notamment les associations de défense de l'environnement, d'une garantie.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 8 que l'arrêté en litige, en tant qu'il concerne l'instauration de périodes complémentaires pour la chasse au blaireau par vénerie sous terre, a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les associations requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 22 juin 2022 en tant qu'il prévoit à son article 3 des périodes complémentaires de vénerie sous terre du blaireau du 1er juillet 2022 jusqu'à l'ouverture générale de la chasse et du 15 mai au 30 juin 2023.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par les associations requérantes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme n'est pas admise.
Article 2 : L'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme n° 20220892 du 22 juin 2022 relatif à l'ouverture et à la clôture de la chasse pour la campagne 2022-2023 dans le département est annulé en tant qu'il prévoit à son article 3 des périodes complémentaires de vénerie sous terre du blaireau du 1er juillet 2022 jusqu'à l'ouverture générale de la chasse et du 15 mai au 30 juin 2023.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association France Nature Environnement (FNE) Puy-de-Dôme, première dénommée pour l'ensemble des associations requérantes, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, et à la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme.
Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- Mme Jaffré, première conseillère,
- M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
Le rapporteur,
J-M. DEBRION
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
P. CHEVALIER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026