lundi 19 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201837 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 août 2022, Mme B A, représentée par Me Linossier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Haute-Loire sur sa demande de titre de séjour du 22 mars 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par ordonnance du président de la Cour administrative d'appel de Lyon du 16 novembre 2022, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à Mme B A.
La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 16 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bentéjac,
- les observations de Me Linossier pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante serbe, est entrée en France, selon ses déclarations, en 2008. Par un courrier du 22 mars 2022, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès du préfet de la Haute-Loire sur le fondement des articles L. 423-21, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
3. Le préfet de la Haute-Loire n'ayant pas produit de mémoire en défense en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée en ce sens, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par Mme A dans sa requête. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.
4. Aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".
5. A l'appui de sa requête, Mme A, née en juin 2004, fait valoir qu'elle est entrée en France avec ses parents et ses frères et sœurs en 2008 alors qu'elle était âgée de quatre ans et qu'elle a eu dix-huit ans le 27 juin 2022. A défaut d'avoir produit un mémoire en défense, le préfet de la Haute-Loire doit être regardé comme ayant acquiescé à ces faits dont la matérialité n'est pas contredite par les pièces du dossier. La requérante justifie ainsi du caractère habituel de sa résidence en France depuis au plus l'âge de treize ans. Elle est par suite fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet de la Haute-Loire refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Loire de délivrer à Mme A, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A n'établissant pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée par décision du 16 novembre 2022, sa demande tendant à ce que l'Etat lui verse la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Loire a refusé à Mme A le titre de séjour qu'elle sollicitait est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Loire de délivrer à Mme A, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Haute-Loire.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 19 février 2024.
La présidente,
C. BENTÉJAC
L'assesseure la plus ancienne,
M. JAFFRÉ
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026