jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201892 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er septembre 2022 et le 5 septembre 2022, M. B A, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Gauché, avocat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a interdit son retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans le délai de deux jours suivant la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'autorité préfectorale n'est pas tenue de rejeter sa demande de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée à sa vie familiale dès lors qu'il vit en France depuis bientôt sept ans, qu'il n'a pas de lien avec son père resté au Maroc, qu'il est marié avec une ressortissante française souffrant de multiples pathologies nécessitant sa présence et que sa mère et son frère séjournent régulièrement en France ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle le prive d'un procès équitable en l'empêchant de se défendre devant le tribunal judiciaire ;
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations concernant un éventuel retour au Maroc ;
- elle est illégale, dès lors que l'autorité préfectorale s'est estimée liée par la décision de l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il existe un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale en France ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une décision du 28 septembre 2022, M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Une ordonnance du 19 octobre 2022 a fixé la clôture d'instruction au 7 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaffré,
- et les observations Me Gauché, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, est entré en France, selon ses déclarations, en 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 décembre 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 novembre 2020. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français édicté le 7 janvier 2021 par le préfet de l'Hérault. A la suite de la célébration de son mariage le 26 mars 2022, M. A a sollicité, le 7 avril 2022, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Placé en garde à vue pour des faits de conduite sans permis et de refus d'obtempérer le 29 août 2022, le préfet de la Haute-Loire a adopté à son encontre, le 30 août 2022, un arrêté portant notamment refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le magistrat désigné par la présidente du tribunal a statué, le 6 septembre 2022, sur les conclusions présentées par le requérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français et l'assignant à résidence et les a rejetées. Le tribunal reste ainsi saisi des seules conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions afférentes.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par décision du 28 septembre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions du requérant tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire dans cette instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté du 30 août 2022 a été signé par M. Antoine Planquette, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Loire en vertu d'une délégation accordée le 23 août 2022, régulièrement publiée le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des mentions de l'arrêté en litige, que le préfet de la Haute-Loire se serait estimé lié par l'absence de visa long séjour de M. A pour rejeter la demande de titre de séjour de ce dernier. Le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. " Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. " Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
6. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour en sa qualité de conjoint de français, le préfet s'est fondé sur la circonstance que, d'une part, l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français dès lors qu'il est entré en France dépourvu d'un visa long séjour, d'autre part, qu'il n'apportait aucune preuve de l'effectivité de sa communauté de vie avec son épouse, et enfin, qu'il constituait une menace pour l'ordre public.
7. Sans contester les motifs opposés par le préfet, le requérant soutient que cette décision porte atteinte à sa vie privée et familiale en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est entré de manière irrégulière en France. Il y séjourne, depuis sept années sans être titulaire d'un titre de séjour ni même en avoir fait la demande avant le mois d'avril 2022. Il n'était marié que depuis quelques mois à la date de la décision attaquée. Si l'intéressé indique que son épouse souffre de pathologies invalidantes nécessitant l'accompagnement d'un aidant familial au quotidien, il ne l'établit pas, le certificat médical produit étant, à ce titre, insuffisant. En outre, il ressort des pièces du dossier que son épouse n'est pas isolée. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie familiale de M. A ni n'est entachée d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions présentées aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Loire.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- Mme Jaffré, première conseillère,
- M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
M. JAFFRÉ
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No220189AC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026