vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201913 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | URSO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2022, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a rejeté son recours préalable contre la décision portant retrait de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov' ".
Il soutient que :
- il ne possède aucun accès à internet ; il est passé par France Services pour déposer sa demande d'aide ;
- la plateforme informatique de l'ANAH mentionnait des problèmes concernant les usagers ayant une adresse mail " Gmail " ou " Laposte " ; il n'a reçu le mail de l'ANAH du 4 octobre 2021 que le 25 octobre 2021 auquel il a répondu le 16 novembre 2021 ;
- l'ANAH n'apporte pas la preuve que sa facture est antérieure au dépôt du dossier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, l'Agence nationale de l'habitat, représentée par la SELARL Urso Avocats, Me Flocco, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, d'une part, en tant qu'elle est tardive, et, d'autre part, en tant qu'elle est dépourvue de moyens de droit ;
- les travaux en cause ont été réalisés avant réception par l'ANAH de la demande de prime.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 ;
- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bader-Koza ;
- les conclusions de M. Debrion, rapporteur public ;
- et les observations de Me Ramel, avocat de l'agence nationale de l'habitat.
M. B n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. En vue de l'installation d'une chaudière à bois, M. B a sollicité auprès de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) le bénéfice de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRenov' ". Par une décision du 20 septembre 2021, la directrice générale de l'ANAH lui a octroyé une prime d'un montant estimé à 6 500 euros. Par une décision du 14 janvier 2022, l'ANAH a notifié à l'intéressé le retrait de cette aide au motif que la date de la facture était antérieure à la date de dépôt de la demande de subvention. M. B a formé, à l'encontre de cette décision, un recours administratif préalable qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
2. L'article 15 de la loi du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 prévoit la création d'" une prime de transition énergétique destinée à financer, sous conditions de ressources, des travaux et dépenses en faveur de la rénovation énergétique des logements. () ". L'article 2 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime à la transition énergétique dispose, dans sa version applicable au litige, que : " () / II.- Seuls les travaux et prestations commencés après l'accusé de réception par l'Agence nationale de l'habitat de la demande de prime y ouvrent droit. Cet accusé de réception ne vaut pas décision d'attribution de la prime. / Par dérogation au premier alinéa du présent II : / 1° Le directeur général de l'Agence nationale de l'habitat peut, à titre exceptionnel, accorder une prime lorsque le dossier a été déposé après le commencement des travaux ou prestations, notamment en cas de travaux ou prestations : / - urgents en raison d'un risque manifeste pour la santé ou la sécurité des personnes ; / - résultant de dommages causés par une catastrophe naturelle ou technologique, ou par effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, dûment constatés en application des articles L. 125-1, L. 122-7 et L. 128-1 du code des assurances ; () ". Selon l'article 11 dudit décret, " En cas de non-respect des conditions d'attribution de la prime de transition énergétique, la décision attributive peut être retirée en totalité ou partiellement, entraînant le reversement de tout ou partie des sommes perçues au titre de la prime. / () ".
3. D'une part, si M. B fait valoir que, ne possédant pas d'accès à internet, il a dû passer par France Services pour effectuer sa demande et que sa boîte mail aurait rencontré des dysfonctionnements conduisant à la réception tardive d'un mail de l'ANAH, ces moyens qui ne contestent pas le motif de la décision en litige sont inopérants et doivent être écartés.
4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment du mail du 15 septembre 2021 de l'ANAH, que M. B a déposé à cette date sa demande pour bénéficier de l'aide " MaPrimeRénov' ". Ce mail précise expressément que " Cet accusé de réception vous autorise dès à présent à commencer vos travaux ". Il ressort également des pièces du dossier, et plus particulièrement du mail du 16 novembre 2021 du requérant adressé à l'ANAH suite à une demande d'informations complémentaires concernant la date de début des travaux, que " les travaux ont été réalisé le 7 septembre 2021 ". En se bornant à soutenir que l'ANAH n'apporte pas la preuve que la facture d'installation de sa chaudière est antérieure au dépôt du dossier, alors qu'il ne verse pas lui-même à l'instance ladite facture, M. B ne justifie pas avoir déposé un dossier de demande de subvention avant la réalisation des travaux. Dans ces conditions, il y a lieu de regarder les travaux comme ayant été réalisés avant l'accusé de réception de la demande par l'ANAH. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle l'ANAH lui a refusé la prime " MaPrimeRénov' ". Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux réalisés entreraient dans l'un des cas dérogatoires, prévus par les dispositions précitées de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020, permettant de prétendre au bénéfice de la subvention malgré une demande déposée après le commencement des travaux.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et l'Agence nationale de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bader-Koza, présidente,
- Mme Jaffré, première conseillère,
- M. Brun, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA
L'assesseure la plus ancienne,
dans l'ordre du tableau,
M. JAFFRÉ
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201913
AC
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