jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201928 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 septembre 2022 et le 16 mai 2024, M. A B conteste la décision du 30 juin 2022, portée à sa connaissance le 8 juillet 2022, par laquelle la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie, lui a attribué une somme de 9 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'indignité des conditions d'accueil et de vie auxquelles il a été soumis et demande au tribunal de réévaluer la somme qui lui a été attribuée.
Il soutient que :
- l'indemnisation qui lui a été proposée est sous-évaluée ;
- il résidait à Chalvignac entre 1970 et 1975.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 avril 2024 et 29 juillet 2024, l'Office national des anciens combattants et des victimes de guerre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- par décision rectificative du 18 juillet 2024, la commission a octroyé au requérant une somme supplémentaire de 3 000 euros portant sur la période de 1970 à 1973 ;
- le requérant ne justifie pas avoir été accueilli dans une structure ouvrant droit à indemnisation au-delà de 1973.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 ;
- le décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bentéjac, présidente ;
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B conteste la décision du 30 juin 2022, portée à sa connaissance le 8 juillet 2022 par laquelle la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie lui a attribué une somme de 9 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'indignité des conditions d'accueil et de vie auxquelles il a été soumis. Par une décision rectificative du 18 juillet 2024, prise en cours d'instance, M. B a obtenu une somme complémentaire de 3 000 euros au titre des mêmes préjudices.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français : " La Nation exprime sa reconnaissance envers les harkis, les moghaznis et les personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie et qu'elle a abandonnés./ Elle reconnaît sa responsabilité du fait de l'indignité des conditions d'accueil et de vie sur son territoire, à la suite des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie, des personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et des membres de leurs familles, hébergés dans des structures de toute nature où ils ont été soumis à des conditions de vie particulièrement précaires ainsi qu'à des privations et à des atteintes aux libertés individuelles qui ont été source d'exclusion, de souffrances et de traumatismes durables. ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " Les personnes mentionnées à l'article 1er, leurs conjoints et leurs enfants qui ont séjourné, entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, dans l'une des structures destinées à les accueillir et dont la liste est fixée par décret peuvent obtenir réparation des préjudices résultant de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans ces structures. / La réparation prend la forme d'une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures, versée dans des conditions et selon un barème fixés par décret. Son montant est réputé couvrir l'ensemble des préjudices de toute nature subis en raison de ce séjour. En sont déduites, le cas échéant, les sommes déjà perçues en réparation des mêmes chefs de préjudice ". L'article 4 de cette même loi institue une commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement sous statut civil de droit local et les membres de leurs familles, qui est chargée notamment de statuer sur les demandes de réparation présentées sur le fondement de l'article 3.
3. Enfin, aux termes de l'article 9 du décret du 18 mars 2022 relatif à la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles : " Le montant de la réparation mentionnée à l'article 3 de la loi du 23 février 2022 susvisée comporte les éléments suivants :/ 1° Une somme minimale, fixée à 2 000 euros lorsque le demandeur a séjourné dans les structures évoquées à ce même article pendant une durée inférieure à trois mois et à 3 000 euros pour une durée supérieure ;/ 2° Une somme proportionnelle à la durée effective du séjour, correspondant à 1 000 euros pour chaque année passée par le demandeur au sein de ces structures, toute année commencée étant intégralement prise en compte. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a la qualité d'enfant de harki et a vécu dans l'une des structures dont la liste est annexée au décret n° 2022-394 du 18 mars 2022, du 15 juin 1965 au 1er septembre 1970. Par une décision du 30 juin 2022, la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie lui a octroyé une somme de 9 000 euros au titre de la réparation des préjudices résultant de l'indignité des conditions d'accueil et de vie auxquelles il a été soumis au cours de son séjour dans l'une des structures précitées prenant en compte la période de 1965 à 1970. Par une décision rectificative du 18 juillet 2024, prise en cours d'instance, la commission a procédé à une nouvelle étude des droits de M. B et a ajouté la somme de 3 000 euros à la somme de 9 000 euros initialement attribuée par la décision du 30 juin 2022 en prenant en compte les justificatifs produits par le requérant en cours d'instance pour la période de 1971 à 1973. En conséquence, la somme octroyée à M. B a été portée à la somme totale de 12 000 euros.
5. Le requérant soutient que son indemnisation doit porter sur la période postérieure à l'année 1973 jusqu'à l'année 1975 dès lors qu'il a séjourné dans l'une des structures précitées jusqu'à cette dernière date. Il ne produit toutefois aucune pièce permettant d'établir sa présence durant cette période, la seule attestation de scolarité pour l'année 1974 au lycée professionnel Bort-Artense étant insuffisante. Par suite, en lui octroyant la somme totale de 12 000 euros au regard de la période passée de 9 années dans l'une des structures, la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie a fait une exacte application des dispositions précitées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office national des anciens combattants et des victimes de guerre.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Debrion, premier conseiller,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
C. BENTÉJACL'assesseur le plus ancien,
J.-M. DEBRION
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201928
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