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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201994

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201994

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, M. A B, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Bourg, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures à compter de cette même notification ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures à compter de cette même notification ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet ne démontre pas l'existence de faits graves établissant que son comportement constituerait une menace grave et actuelle à l'ordre public ;

- la décision, qui méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne mentionne pas l'impossibilité pour son épouse de retourner vivre en Géorgie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 28 septembre 2022, la demande d'aide juridictionnelle déposée par M. B a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- et les observations de Me Gauché, substituant Me Bourg, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 14 février 1977, est entré en France en novembre 2017. Le 27 novembre 2020, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par une décision du 2 août 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que le préfet du Puy-de-Dôme n'était pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 dudit code, " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. D'une part, M. B soutient que, pour lui refuser l'attribution du titre de séjour sollicité, le préfet lui a opposé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, l'absence de présence significative sur le territoire national et l'absence de démonstration d'une insertion dans la société française alors qu'il aurait dû examiner l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet, qui n'a pas ajouté de conditions non prévues par les textes en mentionnant que le requérant n'apporte pas la preuve d'une ancienneté de présence significative sur le territoire et ne justifie pas de son insertion dans la société française, a procédé à une appréciation globale de sa situation en France, en prenant notamment en considération son mariage avec une ressortissante géorgienne titulaire d'une carte de séjour temporaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision doit être écarté.

5. D'autre part, M. B fait également valoir qu'il justifie remplir les conditions pour être admis au séjour au titre des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie avoir le centre de sa vie privée en France eu égard au titre de séjour temporaire dont bénéficie son épouse, avec laquelle il est marié depuis le 13 novembre 2017 et est entré sur le territoire français une semaine après ce mariage afin qu'elle bénéficie d'une prise en charge médicale. Toutefois, si le requérant est marié avec une compatriote titulaire, à la date de la décision en litige, d'une carte de séjour temporaire valable du 4 mars 2022 au 30 septembre 2022, il ne justifie pas d'une intégration dans la société française autrement que par ce mariage et ne produit aucun élément de nature à établir son insertion sur le territoire français, ni les liens d'ordre privé qu'il y a noués. Ainsi, le requérant qui a vécu jusqu'à l'âge de de quarante ans dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour pris à son encontre l'a été en méconnaissance des stipulations et des dispositions citées au point 3.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

7. Il ressort des termes de la décision litigieuse que, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. B, le préfet s'est également fondé sur le motif titré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. M. B soutient que le préfet ne pouvait, pour ce faire, tenir compte des éléments contenus dans les fichiers de police dès lors qu'une audition en commissariat ne suffit pas à établir que les faits visés ont été commis, qu'il était entendu en tant que témoin dans une affaire de vol et que les faits de conduite sans assurance et sans permis ont été classés sans suite. Il fait également valoir que la seule condamnation pénale au versement d'une amende 200 euros pour recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement en octobre 2020 ne suffit pas à caractériser l'existence d'un comportement représentant une menace pour l'ordre public. L'ensemble de ces éléments ne saurait effectivement établir qu'à la date de la décision en litige, la présence du requérant en France constituait une menace pour l'ordre public au sens et pour l'application des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet ne pouvait pas légalement retenir le motif de la menace pour l'ordre public pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

8. Toutefois, comme il a été dit au point 5 du présent jugement, le préfet du Puy-de-Dôme a pu légalement prendre la décision en litige au motif que le requérant ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de l'instruction que l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle s'était fondée seulement sur cet unique motif.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que de celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201994

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