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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202023

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202023

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCAP-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et des mémoires complémentaires, enregistrés le 23 septembre 2022, le 6 mars 2023 et le 11 avril 2023, M. B A, représenté par la SELARL Cap Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Presle de la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

- les décisions attaquées méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'est pas justifié, par la préfète de l'Allier, de l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qu'elle vise dans sa décision ; en outre, la motivation de cet avis ne peut se matérialiser par la complétion de cases renvoyant à des mentions préimprimées ; par ailleurs, plusieurs cases de l'avis du collège de médecins relatives à l'élaboration du rapport et de l'avis n'ont pas été cochées ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il ne peut pas bénéficier d'un accès effectif aux traitements appropriés à son état de santé au Bangladesh ;

- la décision attaquée méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses effets sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Panighel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 5 décembre 1975, est entré sur le territoire français le 25 février 2018. Le 12 juillet 2021, il a bénéficié de la délivrance d'un titre de séjour valable six mois en raison de son état de santé. Le 29 décembre 2021, il a sollicité de la préfète de l'Allier le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 11 juillet 2022, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté du 11 juillet 2022 attaqué est signé par M. Alexandre Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui disposait, en vertu d'un arrêté de la préfète de l'Allier du 30 mars 2022, régulièrement publié, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception des déclinatoires de compétence et arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions en litige comprennent les considérations en droit et en fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ".

5. L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé dispose que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

6. D'une part, aux termes d'un avis du 11 avril 2022, produit par la préfète de l'Allier, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a indiqué que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, que le défaut de cette prise en charge pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Ainsi, l'avis, dont l'existence est établie, énonce conformément à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 les mentions relatives à l'état de santé du requérant telles qu'elles résultent du modèle d'avis figurant à l'annexe C de l'arrêté, rendu obligatoire par cet article 6. Si le requérant fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que les mentions de l'avis relatives à l'indication que l'étranger a été, ou non, convoqué par le médecin ou par le collège, à celle que des examens complémentaires ont été, ou non, demandés et à celle que l'étranger a été conduit, ou non, à justifier de son identité, n'ont pas été renseignées, il n'en tire aucune conclusion quant à la régularité de la procédure suivie par la préfète de l'Allier.

7. D'autre part, pour contester l'appréciation faite par la préfète de l'Allier, qui doit être regardée comme s'étant approprié les termes de l'avis du 11 avril 2022, M. A produit des éléments médicaux, notamment le dossier médical soumis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il ressort de ces documents que M. A souffre d'une hypertension artérielle sévère et présente un " fibrillo-flutter " permanent ainsi qu'une tumeur rétropéritonéale présentant un risque métastatique ganglionnaire et pulmonaire. Si ces éléments mettent en évidence que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le requérant ne produit aucun élément au dossier permettant de remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon laquelle il peut bénéficier effectivement d'un accès aux soins appropriés à ses pathologies dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Allier a commis une erreur de fait en refusant, pour ce motif, de lui délivrer le titre de séjour prévu à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et n'a ainsi pas vocation à demeurer sur le territoire français. Si les deux enfants de M. A, nés en 2009 et 2010, sont scolarisés en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne peuvent pas poursuivre leur scolarité hors du territoire français et plus particulièrement au Bangladesh, pays dans lequel ils ont vécu jusqu'en 2018. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de M. A se reconstitue dans son pays d'origine. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 42 ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

11. En sixième lieu, en instituant le mécanisme de garantie de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, le législateur n'a pas permis de se prévaloir d'orientations générales dès lors que celles-ci sont définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, alors même qu'elles ont été publiées sur l'un des sites mentionnés à l'article D. 312-11 du même code. S'agissant des lignes directrices, le législateur n'a pas subordonné à leur publication sur l'un de ces sites la possibilité pour toute personne de s'en prévaloir, à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif. En l'espèce, dès lors que M. A ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

12. En dernier lieu, M. A n'assortit pas le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2022 de la préfète de l'Allier. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

M. Panighel, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

L. PANIGHEL La présidente,

C. COURRET

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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