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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202024

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202024

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCAP-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés le 23 septembre 2022 et le 6 mars 2023, Mme B A, représentée par la SELARL Cap Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Presle de la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ne prennent pas en compte sa situation personnelle et familiale, en particulier la demande de titre de séjour présentée par son conjoint pour raison de santé ;

- ces décisions sont illégales dès lors qu'il n'est pas justifié de l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour de son conjoint et que la préfète de l'Allier a commis une erreur de fait en estimant que son époux ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions litigieuses méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions attaquées méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 avril 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Panighel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante bangladaise née le 1er mai 1980, est entrée sur le territoire français le 25 février 2018. Par un arrêté du 11 juillet 2022, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté du 11 juillet 2022 attaqué est signé par M. Alexandre Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui disposait, en vertu d'un arrêté de la préfète de l'Allier du 30 mars 2022, régulièrement publié, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception des déclinatoires de compétence et arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions en litige comprennent les considérations en droit et en fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, Mme A soutient que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français opposée à son conjoint sont entachées d'un vice de procédure, d'une erreur de fait et méconnaissent l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle doit être regardée comme invoquant à l'encontre des décisions en litige, l'exception d'illégalité des décisions prononcées à l'encontre de son conjoint. Toutefois, l'arrêté attaqué n'a pas été pris sur le fondement du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français opposées au conjoint de Mme A et n'a pas davantage été pris pour leur application. Par suite, ces moyens sont inopérants et doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le conjoint de Mme A fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et aucun élément du dossier ne permet de considérer qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un accès effectif aux soins nécessaires à son état de santé en cas dans leur pays d'origine. Si les deux enfants de Mme A, nés en 2009 et 2010, sont scolarisés en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne peuvent pas poursuivre leur scolarité hors du territoire français et plus particulièrement au Bangladesh, pays dans lequel ils ont vécu jusqu'en 2018. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de Mme A se reconstitue dans son pays d'origine. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante serait dépourvue de toutes attaches dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

8. En sixième lieu, en instituant le mécanisme de garantie de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, le législateur n'a pas permis de se prévaloir d'orientations générales dès lors que celles-ci sont définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, alors même qu'elles ont été publiées sur l'un des sites mentionnés à l'article D. 312-11 du même code. S'agissant des lignes directrices, le législateur n'a pas subordonné à leur publication sur l'un de ces sites la possibilité pour toute personne de s'en prévaloir, à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif. En l'espèce, dès lors que Mme A ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, elle ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

9. En dernier lieu, Mme A n'assortit pas le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2022 de la préfète de l'Allier. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

M. Panighel, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

L. PANIGHEL La présidente,

C. COURRET La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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