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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202176

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202176

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP BORIE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022, M. A B, représenté par la SCP Borie et Associés, Me Kiganga, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, et un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quatre jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- ces décisions sont entachées d'une inexactitude matérielle des faits ;

- ces décisions ont été prises en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- et les observations de Me Kiganga, avocat de M. B.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 8 février 2024 à 16h35.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien se disant né le 31 décembre 2002, est entré irrégulièrement en France en octobre 2018 selon ses dires. Il a été placé à l'aide sociale à l'enfance par un jugement du tribunal judiciaire de C en date du 18 juin 2019. A sa majorité déclarée, M. B a sollicité auprès des services de la préfecture de l'Allier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 août 2022, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une décision fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté du 23 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et dès lors que la motivation d'un acte administratif ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. Enfin, en vertu de l'article 1er du décret susvisé du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état-civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente () ".

6. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux deux points précédents qu'en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe donc à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

7. De plus, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. Il ressort des pièces du dossier qu'au soutien de sa demande de titre de séjour, M. B a produit un extrait d'acte de naissance en date du 15 janvier 2003. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport d'analyse documentaire de la police aux frontières en date du 24 août 2021 produit par la préfète de l'Allier, que ce document produit par le requérant est douteux quant à sa date de délivrance dès lors que le cachet humide et l'intensité de la couleur de l'encre du stylo à bille sont en trop bon état pour pouvoir considérer que ledit document a bien été établi en 2003, que le cachet humide est incohérent avec l'acte, que la date d'établissement du document n'a pas été inscrite en toutes lettres en méconnaissance de l'article 43 de la loi du 16 mars 1987 régissant l'état civil du Mali, que l'apposition du deuxième cachet de la commune n'est pas conforme aux dispositions de l'article 19 de la loi précitée, que les abréviations qui figurent sur le document méconnaissent les dispositions de l'article 124 de la loi du 30 décembre 2011 régissant l'état civil et que l'écriture présente sur le document est identique à celle utilisée dans de multiples dossiers frauduleux.

9. Pour contredire cette appréciation, M. B soutient qu'il a été placé provisoirement à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance du juge des enfants du tribunal pour enfants de C en date du 18 juin 2019, que par un arrêté du 19 mars 2020, le président du conseil départemental de l'Allier l'a confié au sein du service de l'aide sociale à l'enfance à compter de cette même date, que son placement à l'aide sociale à l'enfance a été prolongé jusqu'à sa majorité par une ordonnance du juge des enfants en date du 31 juillet 2020, que la préfecture de l'Allier lui a délivré trois récépissés de demande de titre de séjour, enfin, que les textes que ne respecterait pas son document d'état civil ne sont pas précisés. Toutefois, l'ensemble de ces allégations ne permet pas de remettre sérieusement en cause l'appréciation à laquelle s'est livrée la préfète de l'Allier, laquelle appréciation repose notamment sur le rapport d'analyse documentaire cité au point précédent suffisamment précis quant aux irrégularités relevées dans l'extrait d'acte de naissance produit par M. B pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, et quand bien même le requérant remplirait les conditions prévues à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète, en prenant la décision en litige, n'a ni commis une erreur de fait, ni méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation faite à un étranger de quitter le territoire français n'a pas à comporter une motivation spécifique et distincte de celle du refus de titre de séjour lorsqu'elle est prise, comme c'est le cas en l'espèce, sur le fondement du 3° de l'article précité. Ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

11. En second lieu, le requérant ne peut utilement invoquer au soutien de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français une méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces dispositions sont relatives au droit au séjour d'un ressortissant étranger sur le territoire français et non à son éloignement de ce territoire, ni une inexactitude matérielle des faits, laquelle concerne son état civil, soit une condition relative à son droit au séjour en France.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202176

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