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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202286

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202286

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022 sous le n° 2202286, Mme D B, représentée par Me Chautard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'instruction de sa demande de titre de séjour du 15 septembre 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors qu'elle s'engage à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée familiale et à celui de ses trois enfants au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle réside en France avec son conjoint où ils ont créé des liens privés et familiaux intenses ; elle justifie d'une insertion dans la vie française dès lors qu'elle intervient régulièrement comme bénévole au sein d'associations caritatives depuis 2017 ; elle a pris des cours de français de 2015 à 2019 et est francophone ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que son fils est entré à l'âge de trois ans en France et que ses enfants sont scolarisés en France.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2022.

Par une ordonnance du 3 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixé au 6 mars 2023.

II. Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022 sous le n° 2202301, M. A C, représenté par Me Chautard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'instruction de sa demande de titre de séjour du 15 septembre 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors qu'il s'engage à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'autorité préfectorale n'a pas tenu compte de la situation de ses enfants qui sont scolarisés et de l'insertion de sa famille sur le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que ses enfants sont scolarisés sur le territoire français depuis l'âge de 8 ans et de 3 ans ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et à celui de ses enfants en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il justifie d'une insertion dans la société française au regard de son activité de bénévolat auprès d'associations durant cinq années ; il a reçu quatre promesses d'embauche dont la dernière en date du 6 septembre 2021 dans le secteur du bâtiment, secteur en tension.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2022.

Par une ordonnance du 3 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixé au 6 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme B, ressortissants kosovars, sont entrés irrégulièrement sur le territoire français le 1er décembre 2014. Le 15 septembre 2021, ils ont sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme. Par deux décisions du 28 juillet 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. C et Mme B demandent l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2202286 et 2202031 concernent la situation d'un couple, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers, et notamment pas des termes des décisions attaquées, que le préfet du Puy-de-Dôme, qui fait état des éléments utiles à l'appréciation de la situation de M. C et Mme B, n'aurait pas procédé à un examen approfondi et complet de leur situation. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle des requérants, n'a pas entaché les décisions en litige d'un défaut d'examen.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. D'une part, les requérants sont entrés de manière irrégulière sur le territoire français le 1er décembre 2014. Ils sont parents de trois enfants mineurs à la date des décisions attaquées. Ils ne justifient d'aucun liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français. Les seules circonstances que les requérants aient exercé une activité bénévole au sein d'associations caritatives et suivi des cours de français ne permettent pas de démontrer une insertion particulière dans la société française. Au demeurant, si M. C se prévaut d'activités professionnelles dans le secteur du bâtiment et de l'existence de promesses d'embauche, il ne l'établit pas. D'autre part, M. C et Mme B n'établissent pas être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où ils ont vécu respectivement jusqu'à l'âge de 29 ans et 23 ans ni que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer au Kosovo. Par ailleurs, ils ne démontrent pas que leurs enfants ne seraient pas en mesure de poursuivre leur scolarité au Kosovo. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions du 28 juillet 2022 portent une atteinte disproportionnée au droit au respect à leur vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, les éléments que font valoir les requérants, liés à leur situation familiale et professionnelle telle que relatée ci-dessus, ne constituent pas des motifs exceptionnels et ne relèvent pas de considérations humanitaires aux sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dernières dispositions doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Au regard de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, M. C et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions du 28 juillet 2022 méconnaissent les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 28 juillet 2022. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C et de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Debrion, premier conseiller,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BENTÉJACL'assesseur le plus ancien,

J-M. DEBRION

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2202286 - 2202301

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