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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202325

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202325

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, M. E D, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Gauché, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 23 août 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai, en tout état de cause, de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a produit ni mémoire en défense, ni pièces dans cette instance malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 11 janvier 2023.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- et les observations de Me Gauché, avocat de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant gabonais né le 12 avril 1999, est entré régulièrement en France, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 4 août 2021, il a sollicité du préfet du Puy-de-Dôme la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 23 août 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ces décisions du 23 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si, en l'absence de production malgré une mise en demeure restée sans effet, il appartient au juge en application des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative de constater l'acquiescement aux faits de la partie défenderesse, pour autant, cette constatation ne dispense pas le juge de vérifier l'exactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant et ne prive pas le juge de l'appréciation qu'il doit porter sur les moyens exposés par le requérant.

En ce qui concerne le moyen commun dirigé contre l'ensemble des décisions du 23 août 2022 :

3. Les décisions en litige ont été signées par M. C A, sous-préfet de Riom, qui disposait, en vertu d'un arrêté pris par le préfet du Puy-de-Dôme le 21 avril 2022, d'une délégation à l'effet de signer, en l'absence ou en cas d'empêchement de M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, un certain nombre d'actes à l'exception desquels ne figurent pas les décisions contestées. M. D, qui n'établit ni même n'allègue que M. B n'était ni absent, ni empêché, n'est ainsi pas fondé à soutenir que les décisions dont il demande l'annulation ont été prises par une autorité incompétente.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

4. Aux termes de l'article 12 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 2 décembre 1992 : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. En premier lieu, les extraits de passeport, peu lisibles, que produit M. D au soutien de sa requête ne suffisent pas à établir que le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis une erreur de fait en considérant que l'intéressé était entré régulièrement en France le 10 septembre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 3 août 2018 au 16 octobre 2018. Par suite, le moyen tiré d'une première erreur de fait doit être écarté.

6. En deuxième lieu, par la production d'un accusé de réception dont les seules mentions lisibles sont le numéro de l'avis de réception et le tampon de la préfecture du Puy-de-Dôme renseignant une réception de ce courrier envoyé en recommandé avec accusé de réception le 7 septembre 2020 et en l'absence de production d'un exemplaire de sa demande de titre de séjour, M. D n'établit pas que ladite demande a été reçue le 7 septembre 2020 et non le 4 août 2021 comme l'indique le préfet du Puy-de-Dôme dans sa décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré d'une seconde erreur de fait doit être écarté.

7. En troisième lieu, d'une part, il ressort d'une simple lecture de la décision contestée que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas rejeté la demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que l'intéressé ne justifiait pas d'une expérience professionnelle.

8. D'autre part, en se bornant à se prévaloir de liens familiaux intenses en France au motif qu'il vit, depuis le 29 août 2017, avec sa tante française qui l'a adopté alors qu'il ne justifie pas de ces liens par la seule production d'un jugement du 5 juin 2019 du tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand prononçant cette adoption, de l'obtention d'un diplôme de vendeur en magasin, du suivi d'une formation de chargé de projets évènementiels, et de deux promesses d'embauche, dont seule la seconde était encore valable à la date de la décision contestée, M. D ne justifie pas de motifs exceptionnels au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant que lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux deux points précédents que les moyens tirés de l'erreur de droit commise par le préfet et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. En quatrième lieu, pour l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 4, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. En l'espèce, comme il a déjà été dit au point 8, le requérant ne justifie pas de l'intensité des liens avec sa tante française par la seule production d'un jugement du 5 juin 2019 du tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand prononçant son adoption par cette dernière. Il ne justifie pas non plus de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ses deux autres tantes et ses deux oncles dont il allègue qu'ils résident en France. Son insertion particulière n'est pas établie par le fait d'avoir effectué plusieurs allers-retours entre le Gabon et la France entre 2014 et 2016, l'obtention d'un diplôme de vendeur en magasin, le suivi d'une formation de chargé de projets évènementiels, et le bénéfice de deux promesses d'embauche, dont seule la seconde était encore valable à la date de la décision contestée. Enfin, M. D n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine dans lequel il a vécu l'essentiel de son existence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. D n'est pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de séjour.

14. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi :

15. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. D n'est pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

17. Par voie de conséquence du rejet des conclusions en annulation, il convient de rejeter les conclusions à fin d'injonction de M. D ainsi que celles qu'il présente en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202325

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