lundi 17 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Shveda, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" ou de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans l'attente, lui délivrer un récépissé, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Le refus de titre de séjour :
- est entaché d'incompétence ;
- est insuffisamment motivé dès lors qu'aucun examen approfondi de sa situation n'a été effectué ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas vérifié la possibilité pour elle de voyager sans risque vers le pays de renvoi ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- est entachée d'incompétence ;
- n'est pas motivée dès lors qu'elle remplit toutes les conditions pour pouvoir bénéficier d'un titre de séjour " étudiant " et que le préfet n'a pas procédé à un examen personnalité de sa situation ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est parfaitement intégrée dans la société française ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle ne peut pas retourner au Kosovo sans encourir un risque de violation de ses libertés.
Par ordonnance du 19 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 mai 2023.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le rapport de M. Panighel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante kosovare née le 28 novembre 1989, est entrée sur le territoire français le 6 mars 2020. Sa demande d'asile, enregistrée le 19 novembre 2021, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 4 mars 2022 et la Cour nationale du droit d'asile le 22 juin 2022. Le 17 décembre 2021, elle a sollicité du préfet du Puy-de-Dôme la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par une décision du 2 novembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixé le pays de renvoi. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme et signataire de la décision contestée, disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 21 avril 2022, régulièrement publié le 22 avril suivant, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans ce département à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le refus de titre de séjour, qui vise en particulier l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique, en s'appropriant les termes de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 20 mai 2022, que le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de Mme A ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, comprend les considérations en droit et en fait qui le fondent. Il ressort par ailleurs des termes de la décision attaquée que le préfet s'est livré à un examen suffisant de situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
5. Ainsi qu'il a été dit au point 3, le collège de médecins de l'OFII a émis, le 20 mai 2022, un avis selon lequel le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de Mme A ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En se bornant à soutenir, dans la requête, qu'elle a de graves problèmes de santé, la requérante ne peut être regardée comme contestant de manière utile et sérieuse la portée de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII dont le préfet s'est approprié les termes. Par ailleurs, il ressort de cet avis et des termes de la décision attaquée, que le préfet a également retenu que l'intéressée peut voyager sans risque vers son pays d'origine. La requérante ne saurait, ainsi, sérieusement soutenir que le préfet n'a pas vérifié la possibilité pour elle de voyager sans risque vers le pays de renvoi. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2.
7. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour en vertu de l'article L. 613-1 du même code. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
8. Par ailleurs, si la requérante fait valoir, au soutien du moyen tiré du défaut de motivation, qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", elle ne produit en tout état de cause aucun élément au dossier permettant de corroborer ses allégations.
9. En troisième lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 3, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen suffisant de la situation personnelle de la requérante.
10. En dernier lieu, si la requérante soutient qu'elle est parfaitement intégrée dans la société française, la seule production d'éléments relatifs à la prise en charge médicale de ses pathologies ne permet pas d'attester de la réalité de ses allégations. Il ressort en outre des termes non contestés de la décision attaquée qu'elle est célibataire, sans enfant à charge, et que son séjour en France était récent à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi mentionne notamment l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la nationalité kosovare de l'intéressée et indique que cette dernière n'établit pas qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des menaces pour sa vie ou sa liberté ou à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comprend ainsi les considérations en droit et en fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.
12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un retour de Mme A au Kosovo l'exposerait à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, pas plus qu'à un risque de violation de ses libertés, alors que sa demande d'asile a par ailleurs été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 4 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 novembre 2022 du préfet du Puy-de-Dôme. Les conclusions aux fins d'annulation de cette décision doivent par suite être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
M. Bordes, premier conseiller,
M. Panighel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.
Le rapporteur,
L. PANIGHEL La présidente,
C. COURRET
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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