vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202513 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Chautard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de trente euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'avis de l'ambassade de France en Arménie selon lequel le certificat de nationalité arménienne est un faux n'a aucune valeur probante ; seuls les services de police ou de gendarmerie sont à même de déclarer qu'un document administratif est un faux ; il n'a pas été poursuivi devant le tribunal correctionnel pour faux et/ou usage de faux ;
- la préfète de l'Allier a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne rapportait pas la preuve de sa nationalité ; elle était informée de sa nationalité arménienne puisqu'il lui a été délivré en 2018 un document de circulation pour mineur étranger ;
- l'arrêté du 4 mai 2022 exigeant que le document produit soit au moins revêtu d'une photographie permettant d'identifier le demandeur à défaut de passeport n'était pas applicable à la date du dépôt de sa demande de titre de séjour ;
- dès lors que la préfète reconnaît son droit au séjour eu égard à son entrée sur le territoire français à l'âge de deux ans, circonstance de nature à faire obstacle à l'adoption d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, il peut bénéficier d'une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou sur le fondement de l'article L. 423-23 dudit code ou sur le fondement de l'article L. 423-21 de ce code.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bollon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui se déclare de nationalité arménienne, est entré en France en décembre 2005. Il a sollicité, le 17 mai 2021, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 28 septembre 2022, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " la vérification des actes d'état civil étrangers est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Ces dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
3. Pour refuser à M. A le titre de séjour sollicité, la préfète de l'Allier a estimé que, pour justifier de son état-civil, l'intéressé avait produit une copie d'acte de naissance dont l'authenticité n'a pu être établie à défaut de présentation de l'original, et que, pour justifier de sa nationalité, il avait produit un certificat de nationalité déclaré faux par l'ambassade de France en Arménie eu égard au format d'enregistrement ne respectant pas le format usité, à l'inexistence du signataire au sein du ministère de délivrance et à l'inexactitude du titre du signataire.
4. En premier lieu, si le requérant soutient que l'avis de l'ambassade de France concernant l'authenticité de son certificat de nationalité n'a aucune valeur probante dès lors que seuls les services de police ou de gendarmerie seraient à même de déclarer qu'un document administratif est un faux, il ne conteste pas ne pas avoir présenté les originaux des documents demandés, nécessaires à l'instruction de sa demande de titre et ne remet pas utilement en cause les irrégularités relevées par les services arméniens compétents interrogés par l'ambassade concernant la copie du certificat de nationalité remis. De plus, la circonstance qu'il n'aurait pas été poursuivi devant le tribunal correctionnel pour faux ou usage de faux est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, si l'intéressé se prévaut d'un document de circulation pour étranger mineur délivré le 10 juillet 2018, un tel document, réalisé sur déclaration de l'intéressé, ne présente pas le caractère de document d'état civil et n'est pas de nature à prouver sa nationalité. Il en résulte que la préfète de l'Allier est bien fondée à estimer que M. A n'apporte pas la preuve de sa nationalité.
6. En troisième lieu, pour édicter la décision attaquée, la préfète de l'Allier a uniquement entendu se fonder sur les dispositions l'article R. 431-10 après avoir constaté l'inauthenticité des documents produits par M. A pour justifier de son identité. Par suite le moyen tiré de ce que l'arrêté du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour n'était pas applicable doit être écarté.
7. En quatrième lieu, le requérant n'est pas fondé à soutenir que " la préfète de l'Allier reconnaît expressément à l'arrêté précité le droit au séjour () dans la mesure où il est entré en France à l'âge de deux ans et y a effectué toute sa scolarité ". En effet, ces éléments, qui sont exposés par la préfète uniquement pour souligner l'impossibilité d'adopter une décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre du requérant, ne sont pas de nature à démontrer un quelconque droit au séjour de ce dernier tant que les documents originaux permettant l'instruction de sa demande n'auront pas été présentés aux services de la préfecture.
8. En dernier lieu, si M. A soutient qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1, L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet aurait procédé à un examen de sa situation au regard de ces dispositions et d'autre part, il se borne à indiquer qu'il vit avec sa mère et ne justifie d'aucun autre lien personnel et familial. Par suite, le moyen sera écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions présentées aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2202513
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