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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202661

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202661

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP BORIE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par la requête et un mémoire, enregistrés les 13 décembre 2022, 28 juin et 8 décembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par la SCP Borie et associés, avocats, demande au tribunal ;

1°) d'annuler la décision du 23 août 2022 par laquelle la directrice générale adjointe des services de la commune de Montluçon a procédé à sa mutation d'office ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Montluçon de le réintégrer en tant qu'agent de maîtrise au poste de cuisinier affecté à la direction de la cuisine centrale ou, sur un poste aménagé tenant compte de son handicap et correspondant à son grade, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Montluçon en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 juin et 16 octobre 2023, la commune de Montluçon, représentée par la SEL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable compte tenu du caractère purement informatif des actes attaqués ;

- la requête est irrecevable dès lors que les actes attaqués sont constitutifs de mesures d'ordre intérieur ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 12 décembre 2023 a fixé la clôture d'instruction au 2 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 88-547 du 6 mai 1988 portant statut particulier du cadre d'emplois des agents de maîtrise territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de Me Kiganga, représentant M. A, et de Me Bekpoli, représentant la commune de Montluçon.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent de maîtrise principal, exerçait des fonctions d'agent de conditionnement à la cuisine centrale de la commune de Montluçon, en qualité d'adjoint au chef de cuisine. Par une décision en date du 23 août 2022, M. A a été muté d'office dans l'intérêt du service sur le poste d'adjoint au responsable du secteur logistique. L'intéressé a formé un recours gracieux contre cette décision par un courrier daté du 11 octobre 2022, reçu le 12 octobre 2022 par l'autorité municipale. Par une décision du 9 décembre 2022, le maire de la commune de Montluçon a rejeté ce recours. Entretemps, le 1er décembre 2022, M. A a été déclaré inapte par le médecin du travail au poste d'adjoint au responsable du service logistique. A la suite d'un avis médical favorable du 1er février 2023, l'intéressé a été nommé dans les fonctions de coordonnateur technique du personnel des écoles à compter du 6 février 2023. Le requérant demande l'annulation de la décision du 23 août 2022 procédant à sa mutation d'office dans l'intérêt du service ainsi que le rejet du recours gracieux dirigé contre cette décision.

2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination, est irrecevable.

3. Aux termes de l'article 3 du décret du 6 mai 1988 susvisé : " Les agents de maîtrise principaux sont chargés de missions et de travaux techniques nécessitant une expérience professionnelle confirmée et comportant notamment : / () / 2° L'encadrement de plusieurs agents de maîtrise ou de fonctionnaires appartenant aux cadres d'emplois techniques de catégorie C ou au cadre d'emplois des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles ; ils participent, le cas échéant, à l'exécution du travail () ".

4. En premier lieu, il ressort de la fiche de poste de coordonnateur technique du personnel des écoles que ces fonctions, dans lesquelles M. A a été définitivement transféré, peuvent être remplies par un fonctionnaire appartenant au cadre d'emplois des agents de maîtrise. En outre, selon les mentions de la même fiche, les fonctions de coordonnateur technique du personnel des écoles impliquent la supervision, la coordination et l'évaluation du travail des agents d'entretien des locaux scolaires, extrascolaires et périscolaires, des agents de préparation en restauration collective et des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles. Ces fonctions impliquent également d'assurer le maintien des qualités d'accueil, d'hygiène et de sécurité dans les bâtiments scolaires ainsi que l'approvisionnement de chaque site en produits et en matériel d'entretien. Ainsi, compte tenu de leur nature, les fonctions de coordonnateur technique du personnel des écoles figurent au nombre de celles pouvant être confiées à un agent de maîtrise territorial en vertu des dispositions précitées de l'article 3 du décret du 6 mai 1988. En outre, il n'est ni allégué par le requérant, ni corroboré par les éléments du dossier, que son changement d'affectation méconnaîtrait les droits et prérogatives découlant de son statut et entraînerait, notamment, une perte de responsabilités ou de rémunération.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué par M. A, que sa mutation sur le poste de coordonnateur technique du personnel des écoles entraverait l'exercice de ses droits et libertés fondamentaux.

6. En troisième lieu, il ressort des éléments du dossier et notamment du rapport établi le 27 juin 2022 par le centre de gestion de la fonction publique territoriale du département de l'Allier qu'une enquête administrative a été diligentée au sein des services de la cuisine centrale de la commune de Montluçon, à la suite d'un roulement notable du personnel et d'un absentéisme en hausse depuis plusieurs années. Selon le rapport susmentionné, non sérieusement contesté par M. A, il est résulté des déclarations concordantes des agents du service, que trois personnes dont l'intéressé formaient un groupe qui imposait au reste du personnel des comportements altérant leurs conditions de travail et entretenant un climat conflictuel. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment des motifs de la décision du 9 décembre 2022 rejetant le recours gracieux de l'intéressé, que c'est, non pour sanctionner ce dernier, mais en vue d'apaiser les relations de travail au sein de la cuisine centrale et de l'extraire de cette situation conflictuelle, que l'autorité municipale a décidé de procéder au changement d'affectation de M. A. Dès lors, aucun des éléments du dossier ne tend à accréditer que les décisions attaquées revêtiraient le caractère de sanctions déguisées.

7. En quatrième et dernier lieu, le requérant soutient que l'autorité municipale a décidé une mutation d'office en l'affectant au poste d'adjoint au responsable du service logistique sans se préoccuper de sa situation de travailleur handicapé ni des prescriptions d'ordre médical qui en résultent. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier et au demeurant n'est pas exposé par M. A que le changement d'affectation en litige constituerait une discrimination en raison de son handicap. D'autre part, ainsi qu'il a été rappelé au point 1 du présent jugement, l'avis du médecin du travail déclarant M. A inapte au poste d'adjoint au responsable du service logistique est intervenu le 1er décembre 2022, soit postérieurement à la date de la décision initiale de mutation dans ces fonctions prise le 23 août 2022. Dès lors, cette déclaration d'inaptitude ne suffit pas, par elle-même et à elle seule, à corroborer que l'autorité municipale n'avait pas pris en considération le handicap de l'intéressé préalablement à sa décision de le muter d'office dans l'emploi d'adjoint au responsable du service logistique alors, de surcroît, que dès que le maire de la commune de Montluçon a été informé de l'inaptitude de l'intéressé aux fonctions initialement envisagées, il lui a fixé une nouvelle affectation sur le poste de coordonnateur technique du personnel des écoles.

8. Par suite, et alors même que le changement d'affectation de M. A a été décidé pour des motifs tenant à son comportement, il présente le caractère d'une mesure d'ordre intérieur, qui ne fait pas grief et n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. En conséquence, la commune de Montluçon est fondée, en sa fin de non-recevoir tirée de ce motif, à soutenir que la requête de M. A est irrecevable.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions de la commune de Montluçon présentées en application de ces mêmes dispositions à l'encontre de M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Montluçon tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Montluçon.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme R. Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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