mardi 30 septembre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202734 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | BEL FALEH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2022, M. A... C... et la société La favorite, représentés par Me Bel Faleh, avocat, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 28 septembre 2022 par laquelle le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a infligé à M. C..., pour un montant total ramené à 30 000 euros, l’amende administrative prévue à l’article L. 8253-1 du code du travail ainsi que la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement ;
3°) de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d’incompétence ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les personnes contrôlées avaient fourni des titres de séjour italiens et qu’il ne peut être reproché au gérant un manque de vigilance alors qu’il n’avait pas l’intention d’enfreindre la législation sur le travail et que la société n’a jamais tenté de faillir à ses obligations règlementaires en déclarant ses salariés et en payant les charges sociales qui lui incombent ;
- elle est illégale dès lors que l’autorité administrative ne pouvait pas mettre les sommes en cause à la charge de M. C... qui a agi en sa qualité de gérant de la société La favorite et nullement à son nom propre, de sorte que sa responsabilité ne peut être engagée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de commerce ;
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- et les conclusions de M. Brun, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
La société par action simplifiée à associé unique (SASU) La favorite, dont le président est M. C..., exploite un fonds de commerce de restauration rapide, 6 place Jean Jaurès à Puy-Guillaume. Après que l’inspecteur du travail du Puy-de-Dôme eut constaté, lors d’un contrôle effectué dans les locaux de cet établissement le 24 mai 2022, qu’un ressortissant tunisien préparait de la nourriture pour le service des clients, le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a infligé à M. C..., par une décision du 28 septembre 2022, l’amende administrative prévue à l’article L. 8253-1 du code du travail ainsi que la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement pour un montant total ramené à 30 000 euros. Par leur requête, M. C... et la société La Favorite demandent au tribunal d’annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme B..., cheffe du service juridique et contentieux qui, selon une décision du 19 décembre 2019 du directeur général de l’OFII, régulièrement publiée sur le site internet de l’OFII, bénéficiait d’une délégation à l’effet de signer, en cas d’absence ou d’empêchement de la directrice adjointe, les décisions relatives aux contributions spéciales et forfaitaires. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n’ait pas été absente ou empêchée à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions de l’article L. 8251-1 du code du travail ainsi que les dispositions législatives et réglementaires du même code s’appliquant en cas de commission de l’infraction imputée à M. C.... Cette décision mentionne également qu’un procès-verbal de contravention aux dispositions de l’article L. 8251-1 a été établi à l’encontre de l’intéressé le 4 mars 2022 au titre de deux travailleurs. Dès lors, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 8251-1 du code du travail : « Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France (…) ». Aux termes de l’article L. 5221-8 de ce code : « L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1. » Aux termes de l’article L. 8253-1 du même code : « Le ministre chargé de l'immigration prononce, au vu des procès-verbaux et des rapports qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, une amende administrative contre l'auteur d'un manquement aux articles L. 8251-1 et L. 8251-2, sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre. / Lorsqu'il prononce l'amende, le ministre chargé de l'immigration prend en compte, pour déterminer le montant de cette dernière, les capacités financières de l'auteur d'un manquement, le degré d'intentionnalité, le degré de gravité de la négligence commise et les frais d'éloignement du territoire français du ressortissant étranger en situation irrégulière (…) ». Aux termes de l’article L. 8256-2 dudit code : « Le fait pour toute personne, directement ou par personne interposée, d'embaucher, de conserver à son service ou d'employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, en méconnaissance de l'article L. 8251-1, est puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 euros (…) ».
L’infraction aux dispositions précitées de l’article L. 8251-1 du code du travail est constituée du seul fait de l’emploi de travailleurs étrangers démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français. Il appartient au juge administratif, saisi d’un recours contre une décision mettant à la charge d’un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions de l’article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l’article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l’employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient également de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l’administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d’en diminuer le montant jusqu’au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d’en décharger l’employeur. Par ailleurs, pour l’application des dispositions de l’article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l’autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d’établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu’il emploie.
Les requérants soutiennent que les travailleurs contrôlés avaient fourni des titres de séjour italiens et qu’il ne peut être reproché au gérant un manque de vigilance alors qu’il n’avait pas l’intention d’enfreindre la législation sur le travail et que la société n’a jamais tenté de méconnaître ses obligations règlementaires, en déclarant ses salariés et en payant les charges sociales qui lui incombent. Toutefois, selon les mentions de la décision en litige, les faits reprochés à M. C... ont été relevés le 4 mars 2022 par l’administration du travail. En outre, il résulte de l’instruction que, dans le cadre d’un contrôle effectué le 4 mars 2022, il a été constaté que deux ressortissants étrangers employés par M. C..., qui étaient occupés à la préparation des pizzas et des kébabs et qui se présentaient comme stagiaires, sans au demeurant produire aucune convention de stage, étaient démunis de titre de séjour et d’autorisation de travail. Par ailleurs, ces faits ne sont pas sérieusement contestés par les requérants. Les requérants ne peuvent utilement, se prévaloir de leur bonne foi, ni de la circonstance qu’ils ignoraient l’irrégularité de la situation des travailleurs contrôlés qui leur avaient présenté des titres de séjour italien, dès lors que si ces titres autorisaient les intéressés à séjourner en France, il ne leur accordait pas l’autorisation de travailler en France et que l’employeur devait en conséquence, sur le fondement des dispositions susmentionnées du code du travail, entreprendre toutes les démarches utiles afin de s’assurer de la régularité de leur situation. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision en litige serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation
En quatrième et dernier lieu, la qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu’elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. À cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l’existence d’un lien juridique de subordination du travailleur à la personne qui l’emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l’autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, de contrôler l’exécution dudit contrat et de sanctionner les manquements de son subordonné. Dès lors, pour l’application des dispositions précitées de l’article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l’autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d’établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu’il emploie.
Aux termes de l’article 1842 du code civil : « Les sociétés autres que les sociétés en participation visées au chapitre III et que les sociétés de libre partenariat spéciales mentionnées à l'article L. 214-162-13 du code monétaire et financier jouissent de la personnalité morale à compter de leur immatriculation (…) ». Aux termes de l’article 1843 du même code : « Les personnes qui ont agi au nom d'une société en formation avant l'immatriculation sont tenues des obligations nées des actes ainsi accomplis, avec solidarité si la société est commerciale, sans solidarité dans les autres cas. La société régulièrement immatriculée peut reprendre les engagements souscrits, qui sont alors réputés avoir été dès l'origine contractés par celle-ci ». Aux termes de l’article L. 210-6 du code de commerce : « Les sociétés commerciales jouissent de la personnalité morale à dater de leur immatriculation au registre du commerce et des sociétés. La transformation régulière d'une société n'entraîne pas la création d'une personne morale nouvelle. Il en est de même de la prorogation. / Les personnes qui ont agi au nom d'une société en formation avant qu'elle ait acquis la jouissance de la personnalité morale sont tenues solidairement et indéfiniment responsables des actes ainsi accomplis, à moins que la société, après avoir été régulièrement constituée et immatriculée, ne reprenne les engagements souscrits. Ces engagements sont alors réputés avoir été souscrits dès l'origine par la société ».
Les requérants soutiennent que M. C... n’est pas redevable de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire mises à sa charge dès lors qu’il a agi en qualité de gérant de la société La Favorite et non en son nom propre. Eu égard au contenu et au sens de leurs écritures, les requérants doivent être regardés comme soutenant que M. C... n’est pas personnellement l’employeur des salariés au titre desquels les contributions susmentionnées ont été mises à sa charge dans la mesure où seule la société la Favorite dispose de cette qualité. À l’appui de ce moyen, les requérants font valoir qu’en vertu des dispositions de l’article L. 210-6 du code de commerce, la société La favorite est réputée, postérieurement à son immatriculation au registre du commerce et des sociétés, avoir repris les engagements souscrits par M. C... dès le début de son activité de restauration.
Toutefois, d’une part, il résulte des dispositions précitées des articles 1842 et 1843 du code civil ainsi que de celles de l’article L. 210-6 du code de commerce que les sociétés commerciales jouissent de la personnalité morale à compter de leur immatriculation et qu’en l’absence de mandat donné par les associés, d’état annexé aux statuts ou de reprise d’un acte lors d’une assemblée générale, la société n’est pas engagée par les actes effectués pour son compte avant son immatriculation qui sont frappés de nullité absolue. En l’espèce, il ne ressort d’aucun des éléments du dossier qu’un mandat aurait été donné par l’associé unique de la société par actions simplifiée La favorite, ou qu’un état aurait été annexé aux statuts de cette dernière, ou encore qu’une assemblée générale aurait repris les actes effectués pour son compte avant l’immatriculation de cette société. Dans ces conditions, la société La favorite ne peut être regardée comme étant engagée par les actes effectués par M. C... avant son immatriculation. D’autre part, ainsi qu’il a été précédemment relevé au point 6 du présent jugement, il résulte de l’instruction que le 4 mars 2022, deux ressortissants étrangers qui se présentaient comme stagiaires et qui n’ont été en mesure de présenter ni titre de séjour, ni autorisation d’exercer une activité salariée sur le territoire français, ont été contrôlés alors qu’ils procédaient à la préparation des pizzas et des kébabs dans les locaux exploités au titre d’une activité de restauration rapide gérée par M. C.... Dans ces conditions, le travail exercé par chacun des deux salariés en cause, les plaçait sous la direction, la surveillance et l’autorité propres de M. C.... Par suite, ce dernier doit être regardé comme leur employeur au sens et pour l’application des dispositions précitées de l’article L. 8251-1 du code du travail.
Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. C... et la société La favorite doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante la somme demandée par M. C... et la société La favorite.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... et de la société La favorite est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., à la société La favorite et au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. D..., président,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Vella, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.
Le rapporteur,
G. JURIE
Le président,
M. D...Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026