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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202750

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202750

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantNGAMENI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Ngameni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 novembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale dès lors que le préfet se serait estimé lié par l'avis des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense dans cette instance. Des pièces ont été enregistrées le 13 avril 2023 et les 6 et 7 février 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de C. Bentéjac a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais, est entré sur le territoire français le 6 septembre 2020. Par décision du 23 février 2022, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décision du 16 août 2022. Le 28 octobre 2021, M. A a sollicité un titre de séjour en invoquant son état de santé. Par décision du 28 novembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour en litige a été signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 21 avril 2022, régulièrement publié le 22 avril 2022 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. La portée de cette délégation est ainsi suffisamment précise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte, dans toutes les décisions qu'il édicte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en 2020 et qu'il ne fait état d'aucun lien familial sur le territoire français. La seule circonstance qu'il a été bénévole pour le compte de la banque alimentaire d'Auvergne et qu'il est adhérent d'une association ne permet pas de justifier d'une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire portent atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

7. Il ressort de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 4 juillet 2022, produit par le préfet en défense, que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Les certificats médicaux et ordonnances apportés par le requérant, qui font état de troubles du stress post-traumatique et de cicatrices sur le corps, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur l'état de santé du requérant. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir d'une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni à soutenir que le préfet a entaché sa décision portant refus de séjour d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième lieu, si le préfet du Puy-de-Dôme fait état de l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII du 4 juillet 2022 dont il s'est approprié les termes, il a, par ailleurs, indiqué qu'après " un examen approfondi de la situation de l'intéressé, aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne justifie de s'écarter de cet avis ". Dans ces conditions, le requérant ne saurait sérieusement soutenir que le préfet se serait estimé lié par le sens de l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII pour rejeter sa demande de titre de séjour.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. M. A soutient qu'il encourt, du fait de son homosexualité, un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. A l'appui de ses allégations, M. A produit notamment des extraits de conversations issus de messageries instantanées, une carte d'adhésion à une association de soutien des personnes homosexuelles ainsi que des photographies de sa participation à la " gay Pride ". Ces seuls éléments ne permettent cependant pas de tenir pour établis les risques réels et personnels qu'il prétend encourir du fait de son orientation sexuelle. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la demande d'asile déposée par M. A a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 23 février 2022 confirmée par décision de la CNDA du 16 août 2022, et que l'intéressé n'invoque aucun élément nouveau sur les risques encourus dans le cadre de la présente instance. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées aux fins d'injonction, d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente-rapporteure,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BENTÉJAC

L'assesseure la plus ancienne,

M. JAFFRÉ

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202750

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