vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202756 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Loiseau, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa conjointe, Mme D A ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme d'autoriser son regroupement familial, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision attaquée :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.
Une ordonnance du 22 décembre 2023 a fixé la clôture d'instruction au 18 janvier 2024.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 26 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- et les observations de Me Lauvergne, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 8 septembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté la demande de regroupement familial de M. C au bénéfice de sa conjointe. Le requérant demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ".
3. Pour refuser d'accorder le regroupement familial sollicité par M. C, l'autorité préfectorale a retenu que l'intéressé souhaitait faire venir un membre de sa famille autre que son conjoint ou que ses enfants mineurs. Toutefois, il ressort du certificat de mariage musulman que M. C a épousé Mme D A le 1er janvier 1998 à Jamiu Ltawheed (Sierra Léone). De même, il ressort des pièces du dossier que ce mariage a été inscrit dans les registres de l'état civil général de Sierra Léone. En défense, le préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a présenté ni pièce ni observation dans le cadre de l'instance, ne conteste pas la validité des actes d'état civil produits par le requérant et ne précise pas les motifs qui l'ont conduit à considérer que Mme A n'était pas la conjointe de M. C au sens des dispositions précitées de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir qu'en relevant que le regroupement familial en cause n'était pas sollicité au bénéfice de sa conjointe, l'autorité préfectorale a méconnu les dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 septembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa conjointe, Mme D A.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. En l'espèce, eu égard au motif d'annulation de la décision refusant d'autoriser le regroupement familial sollicité par M. C et en l'absence d'élément permettant de considérer qu'il remplissait l'ensemble des conditions pour se voir accorder une telle autorisation sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Loiseau, avocate de M. C, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Loiseau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 8 septembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. C au bénéfice de Mme D A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Loiseau la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202756
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