vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202800 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2022, Mme B A, représentée par la Selas Allies Avocats, Me Cottier, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Allier a prononcé son expulsion du territoire français.
Elle soutient que :
- sa présence en France ne constitue pas une menace grave à l'ordre public ;
- elle vit en France depuis l'an 2000, conserve des liens avec huit de ses douze enfants qui vivent en métropole, dont ses deux enfants français mineurs et justifie être intégrée au sein de la société française.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 21 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée le 20 mars 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023, rectifiée le 3 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caraës,
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante surinamaise, déclare être entrée en Guyane en 2000, et le 27 décembre 2015 en France métropolitaine, sous couvert d'un titre de séjour " parent d'enfant français " obtenu préalablement en Guyane. Son titre de séjour a depuis été régulièrement renouvelé jusqu'au 20 mars 2019. Le 4 octobre 2018, le tribunal correctionnel de Montluçon l'a condamnée à cinq ans d'emprisonnement pour " transport, détention, offre ou cession, acquisition, emploi et importation non autorisés de stupéfiants et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement. ". Le 25 janvier 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Le 4 juillet 2022, la commission départementale d'expulsion a rendu un avis défavorable à son expulsion. Par un arrêté du 14 octobre 2022, la préfète de l'Allier a prononcé son expulsion. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". Aux termes de l'article L. 631-2 du même code, dans sa version applicable au litige : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; () Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 s'il a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans. () ".
3. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été condamnée le 4 octobre 2018 par le tribunal correctionnel de Montluçon à une peine de cinq ans d'emprisonnement et 2 000 euros d'amende pour des faits, commis entre 2016 et 2017, de transport non autorisé de stupéfiants, de détention non autorisée de stupéfiants, d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, d'acquisition non autorisée de stupéfiants, d'emploi non autorisé de stupéfiants, d'importation non autorisée de stupéfiants et de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement. En raison de cette condamnation devenue définitive, et en vertu des dispositions alors applicables de l'article
L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme A pouvait faire l'objet d'une mesure d'expulsion sur le fondement de l'article L. 631-1 du même code au motif que sa présence en France représente une menace grave pour l'ordre public, alors même qu'elle est mère de plusieurs enfants français. Eu égard à l'importance de cette condamnation pénale, pour trafic de stupéfiants et participation à une association de malfaiteurs, à raison de faits relativement récents à la date de la décision attaquée, la présence en France de Mme A constitue une menace grave à l'ordre public. Par suite, la préfète de l'Allier a légalement pu prononcer la mesure d'expulsion en litige sur le fondement de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Mme A, qui se prévaut de la présence en France de huit de ses douze enfants, dont deux sont mineurs et français, et se prévaut de son intégration au sein de la société française, doit être regardée comme soutenant que la décision d'expulsion en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. S'il ressort des pièces du dossier que la requérante bénéficie d'un droit de visite concernant l'un de ses enfants mineurs français, qui font l'objet d'un placement, et qu'elle loue un logement permettant l'accueil de ses enfants, elle ne conteste pas les observations de la préfète de l'Allier en défense selon lesquelles elle a contraint ses enfants à participer comme " mules " au trafic de stupéfiants qu'elle organisait, en les obligeant à ingérer des boulettes de drogue. Mme A ne produit par ailleurs aucun élément au dossier permettant d'apprécier les liens qu'elle est susceptible d'entretenir avec ses autres enfants résidant en France. Par ailleurs, Mme A ne justifie d'aucune insertion particulière au sein de la société française, contrairement à ses allégations. Dans ces conditions, et eu égard à la menace grave pour l'ordre public que représente sa présence en France, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale présente un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Allier a expulsé Mme A du territoire français doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
R. CARAËS
L'assesseur le plus ancien,
G. JURIE
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC
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