vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300050 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, Mme A B représentée par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem et Associés, Me Remedem, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour d'un an sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- le préfet a méconnu l'étendue de ses prérogatives dès lors qu'il n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire et qu'il ne lui a pas demandé de régulariser ou de compléter sa demande de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'on ignore la réalité de l'enquête administrative et la compagnie en charge de cette enquête ; qu'il n'est pas justifié que la communauté de vie avec son époux aurait cessé et qu'il appartient au préfet d'établir que cette communauté de vie ne subsisterait plus à la date de la décision au vu de l'ancienneté de l'enquête ; que l'enquête n'est pas intervenue durant la période de validité de son titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a considéré que cette décision était la conséquence nécessaire et indispensable de la décision portant refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 5 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juin 2023.
Après la clôture d'instruction, le préfet a produit des pièces qui ont été enregistrées le 19 janvier 2024 et dont il n'a pas été tenu compte.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bollon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante brésilienne née le 3 février 1986 est entrée sur le territoire français le 23 mars 2019. Elle a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 8 octobre 2021. Le 10 septembre 2021 elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision du 30 novembre 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de renouveler le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Mme B n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle depuis l'enregistrement de sa requête. En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 21 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si Mme B soutient que le préfet du Puy-de-Dôme aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, il est constant que le préfet n'est jamais tenu de faire usage d'un tel pouvoir pour régulariser la situation d'un étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, et alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait au préfet d'inviter la requérante à compléter sa demande ou à régulariser sa situation, cette dernière n'établit ni même n'allègue avoir été empêchée de présenter, durant l'instruction de sa demande, toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. " et aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ".
6. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée qu'une enquête administrative sur la communauté de vie de Mme B avec son époux a été diligentée et menée par la gendarmerie nationale le 26 novembre 2021. Si en indiquant que l' " on ignore [] la réalité de [l'enquête administrative] mais également notamment la compagnie qui aurait été en charge de cette enquête ", Mme B entend contester l'existence même de cette enquête, elle n'apporte aucun élément ou commencement de preuve au soutien de son allégation.
7. D'autre part, pour refuser d'accorder à Mme B le titre de séjour sollicité, le préfet du Puy-de-Dôme a indiqué que la communauté de vie ne subsistait pas entre la requérante et son époux. Pour contredire la décision attaquée, Mme B se borne à indiquer qu'il n'est pas justifié que la communauté de vie avec son époux a cessé et que le préfet ne pouvait se fonder sur une enquête déjà ancienne à la date de la décision attaquée sans apporter, ni dans ses écritures ni dans les pièces qu'elle produits, d'éléments de nature à justifier de cette communauté de vie.
8. Enfin, la décision attaquée n'a pas pour objet de retirer à Mme B un titre de séjour. Par suite, l'intéressée ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît le premier alinéa de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'enquête n'est pas intervenue au cours de la période de validité de son titre de séjour.
9. En quatrième lieu, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France le 23 mars 2019 séjournait sur le territoire français depuis seulement un peu plus de trois ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, elle ne justifie pas d'une communauté de vie avec son époux de nationalité française, est sans enfant et ne démontre aucune intégration particulière en France tant personnelle que professionnelle. Dans ces conditions, Mme B qui ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales au Brésil où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans, n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
12. En dernier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour a été pris en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors d'une part qu'elle n'a pas sollicité, lors de sa demande, la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement et d'autre part que le préfet n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et doit être écarté.
En ce qui la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés au point 3, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
14. En second lieu, il ne résulte pas des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme se serait cru, à tort, lié par le refus de titre de séjour pour l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. En se bornant à indiquer que la situation actuelle au Brésil l'expose à un risque grave pour sa sécurité et sa santé, Mme B n'établit pas être personnellement exposée à un risque de traitement inhumain ou dégradant en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par suite, la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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