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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300181

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300181

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMARILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 janvier et 3 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Lecour, demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, au contradictoire de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Les Papillons d'Or " de Courpière et de la caisse d'assurance maladie de l'Ain avec mission pour l'expert de procéder à son examen médical, de fixer la date de consolidation de son état de santé et de déterminer et d'évaluer l'ensemble des préjudices des suites de l'accident de service du 23 juin 2016.

Elle soutient que :

- l'expertise est utile afin de déterminer l'ensemble des préjudices qu'elle a subis ;

- sa demande d'expertise n'est pas en lien avec la procédure de mise à la retraite pour invalidité ; elle n'invoque aucune faute de l'EHPAD " Les Papillons d'Or ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, l'EHPAD " Les Papillons d'Or ", représenté par Me Mariller, demande au juge des référés :

- à titre principal, de rejeter la demande d'expertise ;

- à titre subsidiaire, si l'expert est désigné, de modifier sa mission et de prendre acte de ses protestations et réserves d'usage.

Il fait valoir que :

- il a sollicité en vain la requérante s'agissant de son reclassement ; il a engagé le 13 septembre 2022 la procédure de mise à la retraite en justifiant auprès du conseil médical de son impossibilité de joindre un rapport médical suite au refus de Mme A de s'y soumette ; il a pris un arrêté, le 5 décembre 2022, portant suspension de traitement jusqu'au 4 mars 2023, date de l'expertise médicale prévue ; cet arrêté a été contesté par la requérante par une requête n° 2202689 enregistrée le 16 décembre 2022 ;

- l'expertise est manifestement inutile, Mme A a refusé de se soumettre à une expertise médicale en vue de son placement à la retraite ; ses dépenses de santé ont été prises en charge et son état de santé est consolidé au 17 janvier 2019 ;

- il n'a pas commis de faute.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige au principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. Mme A, aide-médico-psychologique titulaire depuis le 1er juillet 2009 à l'EHPAD " Les Papillons d'Or ", a été victime d'un accident de travail le 23 juin 2016. Depuis, elle est en arrêt de travail sans discontinuité, souffrant de douleurs aux cervicales et épaules, puis d'un syndrome anxiodépressif. A la suite d'une expertise du 24 janvier 2018, l'EHPAD " Les Papillons d'Or " a reconnu les arrêts de travail de Mme A comme étant en lien avec l'accident imputable au service. Suite à une deuxième expertise du 17 janvier 2019, la commission de réforme, par un avis du 15 mars 2019, a conclu à l'inaptitude permanente et définitive de Mme A à ses anciennes fonctions et a considéré que la date de consolidation pouvait être fixée au 17 janvier 2019 avec un taux d'incapacité permanente partielle à 10 %. Mme A qui conteste cet avis, demande au juge des référés de désigner un expert aux fins de procéder à son examen médical, de fixer la date de consolidation de son état de santé et de déterminer et d'évaluer l'ensemble des préjudices résultant de l'accident de service du 23 juin 2016 dont elle a été victime.

4. Tout agent public, victime d'un accident ou d'une maladie reconnue comme imputable au service, est en droit d'obtenir de la personne publique qui l'emploie, en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire à la rente viagère d'invalidité ou à l'allocation temporaire d'invalidité à laquelle il peut prétendre, destinée à réparer ses préjudices personnels ainsi que, le cas échéant, ses préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux indemnisés par cette rente ou cette allocation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les mesures sollicitées ne sont pas dépourvues de caractère d'utilité, alors même que l'EHPAD " Les Papillons d'Or " soutient le contraire. Il y a lieu de prescrire une expertise dans les conditions prévues à l'article 1er de la présente ordonnance

6. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. S'agissant d'une modalité opérationnelle de l'expertise, il appartient à l'expert désigné d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de la requérante tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport et sa communication préalable aux parties, ne peuvent qu'être rejetées.

7. Il n'appartient pas à la juridiction administrative de donner acte de protestations et de réserves. Par suite les conclusions en ce sens de l'EHPAD " Les Papillons d'Or " ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur B D, exerçant à la clinique du Val d'Ouest, 39 chemin de la Vernique à Ecully (69130), est désigné en qualité d'expert, avec pour mission de :

1°) convoquer Mme A ;

2°) prendre connaissance de l'entier dossier médical de Mme A, se faire communiquer tous documents relatifs à son état de santé et entendre tout sachant ;

3°) examiner Mme A, enregistrer ses doléances et décrire les constatations faites ;

4°) décrire l'état de santé actuel et l'état de santé antérieur en ne retenant que les seuls antécédents pouvant avoir une incidence sur les séquelles en relation directe et certaine avec l'accident imputable au service dont a été victime Mme A ;

5°) dire si l'état de santé de Mme A tel que résultant de son accident de service est consolidé ; le cas échéant, indiquer la date de consolidation ;

6°) déterminer dans les conditions fixées ci-dessous, les préjudices éventuels de Mme A imputables au service, à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes ; fixer la date de consolidation des séquelles et, à défaut, indiquer si un réexamen est à prévoir et à quelle date ;

A) Préjudices patrimoniaux :

a) Préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers, assistance par tierce personne et aménagement du logement ;

b) Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, dépenses de santé futures, assistance par tierce personne et aménagement du logement, du véhicule ;

B) Préjudices extra-patrimoniaux :

a) Préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;

b) Préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, souffrances endurées et préjudice esthétique en les évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;

7°) Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.

Article 2 : Dans le respect du secret médical, l'expert, qui pourra s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs avec l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative au contradictoire, de :

- Mme C A ;

- l'EHPAD " Les Papillons d'Or " ;

- la CPAM de l'Ain.

Article 3 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative, avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Il déposera son rapport au greffe du tribunal sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de 6 mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à l'EHPAD " Les Papillons d'Or ", à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ain et à M. B D, expert.

Fait à Clermont-Ferrand, le 14 novembre 2023.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pm

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