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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300231

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300231

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantD'AVERSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 6 février 2023 et le 28 juin 2023, Mme B, représentée par Me D'Aversa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de remise de dette d'un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 1 614,78 euros ;

2°) de lui accorder la remise totale de sa dette ;

3°) d'ordonner la restitution des sommes dont elle a été irrégulièrement privée et le rétablissement de ses droits aux différentes prestations sociales, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'ordonner l'exécution provisoire du présent jugement ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision du 23 février 2022 est entachée d'incompétence dès lors qu'elle n'est signée par aucun agent et ne comporte pour seule signature la mention " votre caisse d'allocations familiales ", la décision du 6 décembre 2022 est entachée d'incompétence par voie d'exception ;

- la notification de dette du 23 février 2022 ne fait pas apparaître le détail des sommes indues et confond le RSA et l'aide personnelle au logement ;

- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle s'est rendu hors du territoire français pour assister aux obsèques de sa mère ; elle n'a pu rentrer en France avant le 15 octobre 2020 en raison de l'annulation de tous les vols au départ de l'Algérie et à destination de la France durant la période de la pandémie de Covid-19 ; il ne peut être retenu une résidence à l'étranger dès lors qu'elle a été contrainte de demeurer en Algérie en raison de la situation sanitaire ; elle est de bonne foi ; elle se trouve dans une situation de précarité financière au regard de ses nombreuses charges et de son activité d'intérimaire ; elle a contactée l'ambassade qui soutient que quelques vols étaient affrétés mais étaient réservés aux seuls titulaires de la nationalité française et non aux personnes bénéficiant d'un simple titre de séjour ; elle a trouvé porte close à l'ambassade et à l'aéroport.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2023, la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le dossier de Mme B a été réétudié sur la période de mars 2020 à juillet 2020 ; Mme B reste redevable d'une somme de 697,88 euros au titre de l'aide personnelle au logement ;

- elle a précisé à Mme B lors de cette régularisation qu'elle devait fournir une attestation de l'ambassade précisant son impossibilité de retour en France à compter du mois d'août 2020 du fait de la non-réouverture frontières ; Mme B n'a pas donné suite à cette demande.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport et a informé les parties de ce que, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de ce qu'il n'y a en partie plus lieu à statuer sur les conclusions relatives à l'indu d'aide personnelle au logement sur la période de mars 2020 à juillet 2020 dès lors que la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a régularisé la situation de Mme B sur cette période, laissant à sa charge un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 697,88 euros pour la période d'août 2020 à octobre 2020.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide personnelle au logement. À la suite d'un contrôle de sa situation, par une décision du 23 février 2022, la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a notifié à Mme B un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 1837,53 euros. Par une décision du 6 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a rejeté la demande de remise de dette présentée par Mme B. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision et de lui accorder une remise totale de sa dette.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a régularisé la situation de Mme B sur la période de mars 2020 à juillet 2020, laissant à sa charge un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 697,88 euros pour la période d'août 2020 à octobre 2020. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions relatives à cet indu sur la période de mars 2020 à juillet 2020.

Sur l'étendue du litige :

3. Mme B fait valoir que la décision du 23 février 2022 est entachée d'incompétence et qu'elle ne mentionne pas le détail des sommes indues mises à sa charge. Toutefois, la requérante ne peut utilement se prévaloir d'une motivation insuffisante et d'un vice de forme affectant la décision du 23 février 2022 dès lors que la décision du 6 décembre 2022 s'est substituée à celle-ci. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

Sur le bien-fondé de l'indu :

4. Si par la décision du 6 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a refusé d'accorder une remise de dette à Mme B, il résulte des termes du recours administratif préalable notifié le 27 juin 2022 aux services de la caisse d'allocations familiales, que Mme B entendait dans son recours administratif préalable obligatoire contester également le bien-fondé de l'indu.

5. Aux termes de l'article R. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. / Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 823-3 du même code : " Les changements survenus, au cours de la période de paiement de l'aide, dans la situation du bénéficiaire ou du ménage font l'objet de justifications fournies avec la demande de révision du montant de l'aide. ". Enfin, aux termes de l'article R. 822-23 du même code : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. ".

6. Il résulte de l'instruction que Mme B a résidé à l'étranger du 12 février 2020 au 15 octobre 2020. Il résulte également de l'instruction, qu'en raison de l'état d'urgence sanitaire lors de la pandémie de Covid-19, la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a régularisé la situation de Mme B sur la période du mois de février 2020 au mois de juillet 2020 et l'a invitée, par courrier du 21 février 2023, à justifier de son impossibilité de retour sur le territoire français à compter du mois d'août 2020. Toutefois, la caisse d'allocations familiales soutient, sans être contredite, que Mme B n'a adressé à ses services aucun élément justifiant de son impossibilité de retour sur le territoire français. Par ailleurs, en se bornant à produire un billet d'avion du 26 mars 2020 et un billet de train du 15 octobre 2020, Mme B ne démontre pas l'impossibilité qu'elle allègue de revenir en France. Dès lors, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a pu retenir l'absence d'une résidence principale en France au sens des dispositions précitées de l'article R. 822-23 du code de la construction et de l'habitation pour fonder l'indu en litige.

Sur la demande de remise de dette :

7. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation, entré en vigueur le 1er septembre 2019 : " I.- Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : 1° Les personnes de nationalités françaises ; / 2° Les personnes de nationalité étrangère remplissant les conditions prévues par les deux premiers alinéas de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale ; / II.-Parmi les personnes mentionnées au I, peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement celles remplissant les conditions prévues par le présent livre pour son attribution qui sont locataires, résidents en logement-foyer ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale. () ". Aux termes de l'article R. 823-10 du même code : " Les aides personnelles au logement sont dues à compter du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel les conditions d'ouverture du droit sont réunies. () ". Aux termes de l'article R. 822-23 du même code : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure.". Aux termes de l'article R. 823-12 du même code : " Les aides personnelles au logement cessent d'être dues à partir du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies ". Ces dispositions définissant la notion de résidence principale comme le logement effectivement occupé au moins huit mois par an, ont pour objet de permettre à un allocataire ayant déclaré une résidence principale de s'absenter, à concurrence d'un maximum de quatre mois par période de douze mois, de sa résidence principale effective.

8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse de l'indu d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

9. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que Mme B a résidé à l'étranger du 12 février au 15 octobre 2020. Si elle soutient qu'elle ne pouvait rentrer sur le territoire français en raison de la pandémie de Covid-19 et de l'annulation de ses vols, il est constant qu'elle n'a pas averti les services de la caisse d'allocations familiales de ce changement dans sa situation, qui n'a été découvert qu'à l'occasion d'un contrôle de ces mêmes services. Dès lors, la bonne foi de Mme B ne peut être admise alors même qu'elle était tenue de déclarer tout changement dans sa situation auprès de la caisse d'allocations familiales. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander une remise de sa dette d'aide personnelle au logement sans qu'elle puisse faire valoir sa situation de précarité.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à contester le bien-fondé de l'indu d'aide personnelle au logement en litige ni à solliciter le bénéfice d'une remise de sa dette et ce, sans qu'elle puisse faire valoir sa situation de précarité.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'aide personnelle au logement sur la période du mois de mars 2020 au mois de juillet 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme et au département du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300231AA

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