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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300304

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300304

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de Mme C épouse A, qui contestait le montant de l'indemnisation de 6 000 euros allouée par la commission nationale indépendante pour les préjudices subis en tant qu'enfant de harki. La requérante demandait une majoration de son indemnisation en soutenant que son séjour dans la structure de La Ciotat s'était prolongé jusqu'en 1983. Le tribunal a appliqué la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 et le décret n° 2022-394 du 18 mars 2022, qui limitent la période indemnisable au 31 décembre 1975. En conséquence, la durée de séjour postérieure à cette date n'a pas été prise en compte, et la décision de la commission a été jugée conforme aux textes applicables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2023, Mme B C épouse A conteste la décision, par laquelle la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie lui a attribué une somme de 6 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'indignité des conditions d'accueil et de vie auxquelles elle a été soumise.

Elle soutient que :

- la commission a restreint son évaluation à la période allant du 20 mars 1962 au 31 décembre 1975 alors que de nombreux camps sont restés ouverts plusieurs années après ;

- elle a résidé à la structure située à La Ciotat entre 1973 et 1983, si bien que son indemnisation doit être portée à la somme de 12 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 ;

- le décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentéjac, présidente ;

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A conteste la décision, portée à sa connaissance le 11 janvier 2023, par laquelle la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie lui a attribué la somme de 6 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'indignité des conditions d'accueil et de vie auxquelles elle a été soumise.

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français : " La Nation exprime sa reconnaissance envers les harkis, les moghaznis et les personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie et qu'elle a abandonnés./ Elle reconnaît sa responsabilité du fait de l'indignité des conditions d'accueil et de vie sur son territoire, à la suite des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie, des personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et des membres de leurs familles, hébergés dans des structures de toute nature où ils ont été soumis à des conditions de vie particulièrement précaires ainsi qu'à des privations et à des atteintes aux libertés individuelles qui ont été source d'exclusion, de souffrances et de traumatismes durables. ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " Les personnes mentionnées à l'article 1er, leurs conjoints et leurs enfants qui ont séjourné, entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, dans l'une des structures destinées à les accueillir et dont la liste est fixée par décret peuvent obtenir réparation des préjudices résultant de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans ces structures. / La réparation prend la forme d'une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures, versée dans des conditions et selon un barème fixés par décret. Son montant est réputé couvrir l'ensemble des préjudices de toute nature subis en raison de ce séjour. En sont déduites, le cas échéant, les sommes déjà perçues en réparation des mêmes chefs de préjudice ". L'article 4 de cette même loi institue une commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement sous statut civil de droit local et les membres de leurs familles, qui est chargée notamment de statuer sur les demandes de réparation présentées sur le fondement de l'article 3.

3. Enfin, aux termes de l'article 9 du décret du 18 mars 2022 relatif à la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles : " Le montant de la réparation mentionnée à l'article 3 de la loi du 23 février 2022 susvisée comporte les éléments suivants :/ 1° Une somme minimale, fixée à 2 000 euros lorsque le demandeur a séjourné dans les structures évoquées à ce même article pendant une durée inférieure à trois mois et à 3 000 euros pour une durée supérieure ;/ 2° Une somme proportionnelle à la durée effective du séjour, correspondant à 1 000 euros pour chaque année passée par le demandeur au sein de ces structures, toute année commencée étant intégralement prise en compte. ".

4. Il est constant que Mme C épouse A a la qualité d'enfant de harki et a résidé entre le 2 août 1973 et le 12 octobre 1983 à La Ciotat, structure ouvrant droit à indemnisation en vertu de l'annexe au décret du 18 mars 2022 relatif à la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles. La requérante soutient qu'ayant résidé dans cette structure au-delà du 31 décembre 1975, son indemnisation doit prendre en compte la totalité de la période passée dans la structure. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que la durée passée dans une structure en dehors de la période fixée par le législateur ne peut être prise en compte dès lors que le législateur a entendu indemniser les préjudices subis par les personnes ayant séjourné dans les structures, listées au décret précité du 18 mars 2022, entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, cette dernière date correspondant à la fermeture administrative de la dernière structure d'accueil des harkis et de leurs familles sur le territoire national, et donc à la date à laquelle leur administration dans des conditions exorbitantes de droit commun a pris fin. Dans ces conditions, la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie a ainsi, en fixant le montant de l'indemnisation due à Mme A à la somme de 6 000 euros, fait une exacte application des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et à l'Office national des anciens combattants et des victimes de guerre.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Debrion, premier conseiller,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BENTÉJACL'assesseur le plus ancien,

J.-M. DEBRION

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300304

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