jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2300337 le 20 février 2023 et le 12 juin 2023, M. C A D, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Bourg, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, à titre subsidiaire, de statuer à nouveau sur sa situation dans les mêmes conditions de délais, et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé valant autorisation de travail dans un délai de vingt-quatre heures ;
4°) d'assortir les injonctions prononcées d'une astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions litigieuses n'ont pas été précédées d'un examen suffisant de sa situation ;
- les décisions litigieuses méconnaissent l'intérêt supérieur de son enfant tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa demande dès lors qu'il lui est refusé un titre de séjour étudiant alors qu'il n'a jamais fait valoir ce statut ; par ailleurs, il n'a pas présenté une demande de régularisation de sa situation ; en effet, il a présenté une demande de changement de statut avant l'expiration de son titre de séjour au titre de sa vie familiale, alors qu'il était en situation régulière en France avec sa famille ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, il réside en France avec sa famille depuis sept ans et justifie de son insertion au sein de la société française ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
Sur la décision portant refus de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.
M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2300338 le 20 février 2023 et le 12 juin 2023, Mme B A E épouse A D, représentée par l'AARPI Ad'vocare, Me Bourg, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Allier Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, à titre subsidiaire, de statuer à nouveau sur sa situation dans les mêmes conditions de délais, et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé valant autorisation de travail dans un délai de vingt-quatre heures ;
4°) d'assortir les injonctions prononcées d'une astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions litigieuses n'ont pas été précédées d'un examen suffisant de sa situation ;
- les décisions litigieuses méconnaissent l'intérêt supérieur de son enfant tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, elle réside en France avec sa famille depuis sept ans et justifie de son insertion au sein de la société française ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
Sur la décision portant refus de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaffré,
- et les observations de Me Gauché, représentant M. et Mme A D.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A D, de nationalité marocaine, sont entrés en France en début d'année 2016 sous couvert d'un visa long séjour. Ils étaient titulaires de titres de séjour spécial " Ministère des affaires étrangères " renouvelés jusqu'au 3 avril 2023. Par deux arrêtés du 20 janvier 2023, la préfète de l'Allier a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par les présentes requêtes, M. et Mme A D demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. et Mme A D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023. En conséquence, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ".
4. M. et Mme A D ont présenté une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " le 26 septembre 2022. Il ressort des pièces du dossier que M. A D réside régulièrement en France depuis le 8 février 2016, son épouse l'ayant rejoint le 3 mars 2016 accompagnée de leur fille âgée de quatre mois. Ils ont résidé régulièrement en France sous couvert de titres de séjour spécial " Ministère des affaires étrangères " renouvelés jusqu'au 3 avril 2023. M. A D a travaillé de manière continue de 2016 à 2022 comme professeur en langue étrangère en mission éducative au consulat général du Maroc dans le cadre du dispositif des enseignements internationaux de langues étrangères au sein de plusieurs écoles du département de l'Allier dont les directeurs et directrices attestent l'implication dans ses missions de l'intéressé et son respect de l'institution scolaire. Il a parallèlement suivi une formation et obtenu un Master 2 en sciences de l'éducation en 2019. Le couple a deux enfants dont un né sur le territoire français au mois de juillet 2020. Leur fille aînée, née le 6 octobre 2015, a suivi toute sa scolarité en France et était inscrite en classe de CE1 au titre de l'année scolaire 2022-2023. Ainsi, eu égard à l'ancienneté et aux conditions de séjour des intéressés sur le territoire français, et à l'insertion professionnelle de M. A D, les requérants sont fondés à soutenir que les refus de séjour qui leur ont été opposés ont porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. En conséquence, les décisions ont méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions portant refus de titre de séjour du 20 janvier 2023 doivent être annulées. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent également être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
7. Eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, le présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Allier délivre à M. et à Mme A D un titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
8. Il y a également lieu, d'enjoindre à la préfète de l'Allier de délivrer, à compter de la notification du présent jugement, aux intéressés une autorisation provisoire de séjour les autorisant à travailler.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. L'Etat étant partie perdante à l'instance, il y a lieu de mettre à sa charge au profit de Me Bourg, avocate des requérants, une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bourg renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. et de Mme A D tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les arrêtés de la préfète de l'Allier du 20 janvier 2023 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi sont annulés.
Article 3 : Sous réserve de modification dans les circonstances de droit ou de fait, il est enjoint à la préfète de l'Allier de délivrer à M. et à Mme D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de les munir, d'une autorisation provisoire de séjour les autorisant à travailler.
Article 4 : L'Etat versera à Me Bourg, avocate des requérants, une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bourg renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à Mme B A D et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- Mme Jaffré, première conseillère,
- M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
M. JAFFRÉ
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2300337; 2300338
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026