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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300511

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300511

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantFAURE-CROMARIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2023, M. B A, représenté par Me Faure-Cromarias, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 22 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, le versement à son conseil d'une somme de 2 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, le versement à son profit d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- Sur le refus de titre de séjour :

* il a été pris par une autorité incompétente ;

* il est entaché d'un défaut de motivation ;

* il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

* il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Sur l'obligation de quitter le territoire français :

* elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de titre de séjour ;

* elle a été prise par une autorité incompétente ;

* elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Sur la décision fixant le pays de destination :

* elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont entachés le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ;

* elle a été prise par une autorité incompétente ;

* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a produit ni mémoire en défense, ni pièces dans cette instance.

Par une ordonnance du 11 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juin 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Debrion a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France le 16 janvier 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 8 janvier 2018 au 7 avril 2018. Le 26 mai 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par des décisions du 22 novembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le certificat de résidence demandé, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une décision fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation des décisions du 22 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour a été signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficiait, par arrêté du préfet du Puy-de-Dôme en date du 21 avril 2022, régulièrement publié le 22 avril suivant au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer un certain nombre d'actes à l'exception desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige du 22 novembre 2022 vise les textes dont le préfet du Puy-de-Dôme a fait application, notamment les articles 7 c) et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, et mentionne les raisons pour lesquelles l'autorité administrative a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A. Dans ces conditions, cette décision comporte bien les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de son défaut de motivation ne peut, par suite, qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord / () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".

5. D'une part, par l'argumentation qu'il développe, M. A ne conteste pas utilement le motif retenu par le préfet du Puy-de-Dôme pour lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, à savoir l'absence de possession d'un visa de long séjour.

6. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait également sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des alinéas de l'article 7 de cet accord autres que le c) et le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas, d'office, examiné la situation de M. A au regard de ces alinéas.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux deux points précédents que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. M. A a séjourné en France essentiellement de manière irrégulière depuis qu'il y est entré le 16 janvier 2018. Il est célibataire et sans enfant et ne justifie pas d'une intégration particulière par les attestations peu circonstanciées qu'il produit. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il exercerait son activité professionnelle dans des conditions régulières. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme n'a ni méconnu les stipulations citées au point précédent, ni commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un certificat de résidence.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.

11. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficiait, par arrêté du préfet du Puy-de-Dôme en date du 21 avril 2022, régulièrement publié le 22 avril suivant au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer un certain nombre d'actes à l'exception desquels ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision en litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

13. En se bornant à produire un document intitulé " Protocole adaptation insuline rapide " en date du 6 juillet 2018 et une ordonnance non datée qui indique qu'il souffre d'un diabète de type I, le requérant, qui ne justifie d'ailleurs pas avoir sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en se prévalant de son état de santé, n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié au diabète de type I dont il souffre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, les moyens tirés de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés compte tenu de ce qui a été dit précédemment.

16. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi a été signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficiait, par arrêté du préfet du Puy-de-Dôme en date du 21 avril 2022, régulièrement publié le 22 avril suivant au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer un certain nombre d'actes à l'exception desquels ne figurent pas les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

17. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9.

18. En dernier lieu, M. A, qui ne fait pas état précisément de ses conditions de vie en Algérie et ne démontre pas ne pas pouvoir bénéficier effectivement dans ce pays d'un traitement approprié au diabète de type I dont il est atteint, n'établit ainsi pas encourir personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui prohibe de tels traitements, doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300511

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