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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300606

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300606

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3
Avocat requérantSHVEDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2023, M. B E, représenté par Me Shveda, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le secrétaire général de la préfecture de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui a pas été communiqué en méconnaissance du principe d'égalité des armes ;

- il méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue comprise ;

- elle méconnait le droit à être entendu, le principe du contradictoire et les droits de la défense ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que sa demande d'asile n'a pas été rejetée définitivement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ; elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle n'indique aucun nom de pays.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 5 avril 2023, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bader-Koza a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant géorgien, est entré irrégulièrement en France le 19 septembre 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 29 décembre 2022. Le 29 juillet 2022, M. E a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 février 2023, le secrétaire général de la préfecture de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. E par une décision du 5 avril 2023. Par suite, les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions en litige :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " I. - En cas d'absence ou d'empêchement du préfet, sans que ce dernier ait désigné par arrêté un des sous-préfets en fonction dans le département pour assurer sa suppléance, celle-ci est exercée de droit par le secrétaire général de la préfecture. / En cas de vacance momentanée du poste de préfet, l'intérim est assuré par le secrétaire général de la préfecture () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle M. Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, a signé l'arrêté en litige, le poste de préfet était momentanément vacant dès lors que par décret du 8 février 2023, il a été mis fin aux fonctions de Mme A, et que Mme D, nommée préfète de l'Allier par un décret du 15 février 2023, publié le 16 février 2023 et accessible tant au juge qu'aux parties, n'a pris ses fonctions qu'à compter du 6 mars 2023. Dans ces conditions, et en application des dispositions précitées de l'article 45 du décret du 29 avril 2004, le secrétaire général de la préfecture était compétent pour signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En second lieu, les décisions en litige comportent, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que le secrétaire général de la préfecture de l'Allier n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. E, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, si M. E soutient qu'il n'a pas eu communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en méconnaissance du principe d'égalité des armes, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de communiquer l'avis émis par ce collège à un étranger qui sollicite son admission au séjour en raison de son état de santé. En tout état de cause, la préfète de l'Allier produit en défense l'avis émis le 13 janvier 2023 par le collège de médecins de l'OFII relatif à l'état de santé du requérant, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

8. Pour refuser de délivrer à M. E le titre de séjour sollicité, le secrétaire général de la préfecture de l'Allier s'est notamment appuyé sur l'avis du 13 janvier 2023 du collège des médecins de l'OFII, qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait des soins dont le défaut peut entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié, et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cette appréciation, M. E se borne à soutenir qu'il n'aura pas accès aux soins appropriés dans son pays d'origine, sans apporter de précisions ni d'élément permettant de remettre en cause l'avis du collège de médecins que l'administration s'est approprié. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen de sa situation.

9. En dernier lieu, M. E ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige au soutien de sa contestation de la décision portant refus de séjour, dès lors que ces dispositions sont relatives aux cas dans lesquels une obligation de quitter le territoire français ne peut être édictée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, les conditions de notification d'une décision étant sans incidence sur la légalité de celle-ci, M. E ne saurait utilement soutenir que la décision en litige ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

11. En deuxième lieu, M. E a déposé une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et a ainsi été en mesure de faire valoir, dans ce cadre, tous les éléments concernant sa situation. Il lui a été loisible, au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il n'indique pas, en tout état de cause, les circonstances ou indications qu'il n'aurait pas été en mesure de porter à la connaissance de la préfecture et qui auraient été susceptibles de conduire à l'édiction d'une décision différente. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée en méconnaissance du droit à être entendu, du principe du contradictoire et des droits de la défense doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que M. E n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En quatrième lieu, M. E soutient que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen dès lors qu'il n'a pas été statué définitivement sur sa demande d'asile. Alors qu'en tout état de cause, la décision en litige n'a pas été prise sur le fondement du 4° mais du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort du relevé Telemofpra produit en défense, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que M. E n'a pas formé de recours contre la décision de l'OFPRA du 29 décembre 2022 auprès de la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. En dernier lieu, si M. E soutient que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle, et porte atteinte à sa vie privée et familiale, il se borne toutefois à évoquer les circonstances qu'il cherche à s'intégrer en France, qu'il est divorcé et qu'il n'a plus de lien avec son pays d'origine, sans apporter de précisions ni d'élément permettant d'établir qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, si M. E soutient que la décision en litige méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte au soutien de ce moyen aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

17. En second lieu, si le requérant soutient que la décision en litige n'indique aucun nom de pays, il n'invoque ce faisant la méconnaissance d'aucune disposition législative ou réglementaire. En tout état de cause, la décision en litige précise que M. E est de nationalité géorgienne et qu'il pourra être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays pour lequel il établit être légalement admissible. Par suite, ce moyen doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte, et de celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. E à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Brun, conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. BADER-KOZA

L'assesseure la plus ancienne,

M. JAFFRÉ

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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