mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300732 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 avril 2023, Mme A C, représentée par Me Vaz de Azevedo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète a exigé qu'elle soit en possession d'un visa long séjour en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ; en effet, elle entretient une relation amoureuse avec son compagnon, ressortissant français, depuis sept ans et réside depuis plus de trois ans en France ; par ailleurs, elle perçoit une retraite et ne sera pas à la charge de l'Etat français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales..
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaffré,
- et les observations de Me Vaz de Avezedo, avocate de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante russe, est entrée en France pour la dernière fois le 29 juillet 2019 sous couvert d'un visa C. Elle a présenté une demande de titre de séjour le 11 juillet 2022. Par un arrêté du 18 novembre 2022, la préfète de l'Allier a refusé de délivrer à l'intéressée un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant du refus de délivrance du titre de séjour :
2. En premier lieu, les actes en litige sont signés par M. Alexandre Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, lequel bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet de l'Allier du 30 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 03-2022-043 de la préfecture le même jour, d'une délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier, à l'exception des déclinatoires de compétence et arrêtés de conflits. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et, notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante.
4. En troisième lieu, selon les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Allier a estimé que Mme C ne disposait pas d'un visa de long séjour. Dès lors que la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas subordonnée à la possession d'un visa de long séjour, la préfète de l'Allier ne pouvait se fonder sur ce seul motif, lequel est illégal.
6. Toutefois, la préfète s'est également fondée, dans la décision attaquée, sur la circonstance qu'un refus de titre de séjour ne devrait pas porter une atteinte disproportionnée au droit de la requérante à mener une vie privée et familiale. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France en 2019. Si elle allègue entretenir une relation amoureuse ancienne avec son compagnon de nationalité française et résider avec lui depuis plus de trois ans, les trois attestations d'amis, de voisins et de membre de la famille ainsi que les trois photos qu'elle produit ne justifie ni de la nature des relations qu'elle entretient avec ce ressortissant français avec lequel elle n'est ni mariée ni pacsée, ni de la stabilité et de l'ancienneté de cette relation. Par suite, et alors que la requérante ne démontre pas qu'elle serait dépourvue de toute attache familiale en Russie où elle a vécu la majeure partie de sa vie et n'apporte aucun élément relatif à son intégration au sein de la société française, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour pris à son encontre aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Ainsi, il résulte de l'instruction que l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle s'était fondée seulement sur cet unique motif.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme doit être écarté.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de titre de séjour pris à son encontre.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment aux points 2 et 6, les moyens tirés du vice d'incompétence et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par Mme C doivent être rejetées et par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bader-Koza, présidente du tribunal,
- Mme Jaffré, première conseillère,
- M. Brun, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
M. JAFFRÉ
La présidente,
S BADER-KOZA La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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