vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300735 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Vaz de Azevedo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- l'avis du collège de médecins ne lui ayant pas été communiqué, aucun élément ne permet de considérer que cet avis a été rendu dans des conditions régulières ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit d'observations en défense mais des pièces, enregistrées le 8 août 2023.
Par une ordonnance du 9 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mai 2024.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caraës,
- et les observations de Me Vaz de Azevedo, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante malgache née le 10 décembre 1965, est entrée en France le 20 décembre 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 16 décembre 2017 au 18 janvier 2018. Le 23 novembre 2021, Mme B a sollicité une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 novembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le moyen commun aux décisions en litige :
2. Les décisions en litige sont signées par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 21 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 22 avril 2022, d'une délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
Sur les moyens relatifs au refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. Si Mme B soutient que, faute d'avoir reçu communication de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, elle n'a pas été mis à même de critiquer la régularité de cet avis, aucune disposition n'impose à l'autorité administrative de communiquer à l'étranger ayant sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé l'avis rendu par ce collège de médecins. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.
5. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné la présence de plusieurs membres de la famille de Mme B en situation régulière ou de nationalité française n'est pas de nature, à elle seule, à démontrer qu'il n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme B, entrée en France en 2017, se prévaut de la présence en France de sa famille et d'une relation amoureuse avec un ressortissant français. Il ressort de l'attestation produite par son compagnon, peu circonstanciée sur les liens qu'ils entretiennent, que la requérante ne vit pas avec ce dernier. Si un des enfants de Mme B réside en France, le titre de séjour produit à l'instance était expiré à la date de la décision en litige et, en tout état de cause, cet enfant est majeur. Elle ne démontre pas davantage être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 52 ans. Si elle se prévaut de son engagement associatif, cette circonstance n'est pas en soi de nature à démontrer une intégration particulière dans la société française. Dans ces conditions, et nonobstant la présence en France de son frère et de ses neveux et nièces, Mme B n'apporte aucun élément permettant de démontrer qu'elle a ancré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
Sur les moyens relatifs à l'obligation de quitter le territoire français :
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de séjour est illégale. Par voie de conséquence, elle n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2022. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraine, par voie de conséquence, le rejet des conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 28 juin2024.
La présidente-rapporteur,
R. CARAËS
L'assesseur le plus ancien,
G. JURIE
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC
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