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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300748

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300748

mardi 22 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCAP-AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. A, ressortissant sierra-léonais, qui contestait le refus de la préfète de l'Allier d'enregistrer sa demande de titre de séjour pour raisons de santé. Le tribunal a jugé que, conformément à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A, ayant bénéficié d'une protection internationale en Grèce, ne pouvait solliciter un titre de séjour en France sur un autre fondement après l'expiration du délai imparti, sauf à démontrer des circonstances nouvelles. Or, l'état de santé invoqué n'était pas une circonstance nouvelle apparue après ce délai, et le requérant ne pouvait s'en prévaloir pour la première fois devant le juge. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2023, M. B A, représenté par CAP Avocat, Me Presle, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 par laquelle la préfète de l'Allier a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de son état de santé ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut lui être appliqué dès lors que sa demande d'asile ne relève pas de la compétence de la France ;

- il justifie de circonstances nouvelles résultant de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mars 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Caraës.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sierra-léonais né le 12 août 1985, est entré en France irrégulièrement le 12 avril 2022. Il a sollicité le bénéfice de l'asile le 10 mai 2022 et sa demande a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 décembre 2022 eu égard à la circonstance qu'il bénéficiait d'une protection internationale octroyée par les autorités grecques. Le 12 octobre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de son état de santé. Par une décision du 5 décembre 2022, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Allier a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

3. Il résulte notamment des articles L. 521-7 et R. 521-8 du même code que, lorsque sa demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger se voit remettre au moment de son enregistrement, une attestation de demande d'asile qui l'autorise à rester sur le territoire.

4. Dans le cas où un étranger ayant demandé l'asile a été dûment informé, en application des dispositions de l'article L. 431-2 citées au point 2, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l'expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l'autorité administrative peut rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté à moins que l'étranger ait fait valoir, dans sa demande à l'administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai . Si tel est le cas, aucun nouveau délai ne lui est opposable pour formuler sa demande de titre. L'étranger ne peut se prévaloir pour la première fois devant le juge d'une telle circonstance.

5. Il résulte des stipulations de la convention de Genève que lorsqu'une personne s'est vu reconnaître le statut de réfugié dans un Etat partie à la convention de Genève, sur le fondement de persécutions subies dans l'Etat dont elle a la nationalité, elle ne peut plus, aussi longtemps que le statut de réfugié lui est maintenu et effectivement garanti dans l'Etat qui lui a reconnu ce statut, revendiquer auprès d'un autre Etat, sans avoir été préalablement admise au séjour, le bénéfice des droits qu'elle tient de la convention de Genève à raison de ces persécutions. Par suite, si une personne reconnue comme réfugiée, au titre de la convention, par un autre Etat partie que la France ne peut, aussi longtemps que la qualité de réfugié lui demeure reconnue par cet Etat, être reconduite depuis la France dans le pays dont elle a la nationalité, et s'il est loisible à cette personne de demander à entrer, séjourner ou s'établir en France dans le cadre des procédures de droit commun applicables aux étrangers et, le cas échéant, dans le cadre des procédures spécifiques prévues par le droit de l'Union européenne, cette personne ne saurait, en principe et sans avoir été préalablement admise au séjour, solliciter des autorités françaises que lui soit accordé le bénéfice du statut de réfugié en France.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une demande d'asile, et non une demande de transfert de protection, le 10 mai 2022 et que le guichet unique des demandeurs d'asile lui a remis un dossier lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de cette demande. Toutefois, à la date de la décision en litige, M. A bénéficiait déjà du statut de réfugié octroyé par les autorités grecques tel que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides l'a constaté dans sa décision du 12 décembre 2022. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la préfète de l'Allier ne pouvait lui opposer, pour rejeter sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, les dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne pouvait plus revendiquer auprès de la France le bénéfice d'une protection conventionnelle ou subsidiaire à raison de persécutions subies en Sierra Léone, peu important à cet égard la circonstance que l'autorité administrative a été placée dans l'ignorance de la reconnaissance de la qualité de réfugié de l'intéressé au moment du dépôt de la demande d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 décembre 2022 par laquelle la préfète de l'Allier a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Eu égard au motif qui le fonde, le présent jugement implique seulement que le préfet de l'Allier réexamine la recevabilité de la demande de M. A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Allier de réexaminer la recevabilité de la demande présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

9. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée au conseil de l'intéressé. Conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la perception en tout ou partie de cette somme vaudra renonciation à percevoir, à due concurrence, la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 décembre 2022 par laquelle la préfète de l'Allier a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Allier de réexaminer la recevabilité de la demande de titre de séjour présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Presle la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2025.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet de l'Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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