mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300800 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | BREAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 avril 2023 et le 17 mai 2023, M. B A, représenté par Me Brean, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet du Cantal a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Cantal de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner au paiement des entiers dépens.
Il soutient que :
- il ne conteste pas être en situation irrégulière ;
- il a des attaches personnelles en France, notamment sa femme et son beau-fils âgé de huit ans, dont il s'occupe et avec qui il partage une grande complicité ; ce dernier traverse une période difficile nécessitant sa présence à ses côtés ;
- il est bien intégré dans la société française ; il est licencié dans une association sportive ;
- son renvoi vers le Maroc constitue une complication dès lors que sa famille est ici, qu'il n'a plus de résidence dans son pays d'origine et qu'il est difficile dans le contexte politique actuel entre la France et le Maroc d'obtenir un visa ;
Sur les moyens communs :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la préfecture n'a pas répondu à sa demande de transmission de son dossier en vue d'y apporter des modifications et pièces justificatives ; le préfet ne pouvait pas clôturer l'instruction de son dossier sans répondre à sa demande ni lui fixer un délai pour la réception des pièces et informations complémentaires ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux, d'une erreur manifeste d'appréciation, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'une erreur de droit en faisant une application erronée de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 mai 2023 et le 6 juin 2023, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le requérant ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français tel qu'exigé par les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne remplit pas les conditions d'une admission exceptionnelle au séjour ;
- il ne fait pas l'objet d'une interdiction de retour de sorte qu'il peut solliciter, à son retour au Maroc, la délivrance d'un visa long séjour qu'il pourra obtenir sans difficulté en raison de sa qualité de conjoint de français ;
- ses parents résident au Maroc ;
- son éloignement ne devrait pas avoir d'incidence sur l'intérêt supérieur de l'enfant ;
- le requérant a déposé sa demande de titre le 14 octobre 2022, de sorte qu'il ne peut soutenir avoir été empêché de transmettre à la préfecture toutes les pièces complémentaires qu'il jugeait utiles à l'instruction de sa demande préalablement à l'adoption de l'arrêté en litige ; en tout état de cause, il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est motivée par l'entrée irrégulière de l'intéressé sur le territoire, de son maintien en situation irrégulière pendant près de trois ans et sur le fait que ses parents résident au Maroc.
Par une ordonnance du 8 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bader-Koza a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 4 septembre 2019. Le 22 juillet 2022, il a sollicité la régularisation de sa situation administrative au titre de la " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français. Par arrêté du 5 avril 2023, le préfet du Cantal a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Wahid Ferchiche, secrétaire général de la préfecture du Cantal, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du préfet de ce département du 22 novembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Cantal à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de séjour en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte, dans toutes ses décisions, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Selon l'article L. 423-2 dudit code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
5. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par le requérant, le préfet du Cantal s'est fondé sur le fait que M. A ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français au regard des dispositions de l'article L. 423-2 précité, ce que l'intéressé ne conteste pas. Dans ces conditions, le préfet du Cantal était fondé à rejeter la demande d'admission au séjour présentée par M. A sur le fondement des dispositions précitées.
6. En quatrième lieu, M. A soutient que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet a clôturé l'instruction de son dossier sans répondre à sa demande de renvoi de ce dernier afin de le compléter et s'est abstenu de lui fixer un délai pour la réception des pièces et informations complémentaires. Toutefois, d'une part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A aurait été empêché de produire les pièces qu'il estimait utiles à l'instruction de sa demande de titre de séjour. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de ce qui précède que M. A ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité.
7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, M. A, dont la présence en France est récente, justifie entretenir une relation avec une ressortissante française, avec laquelle il a conclu un PACS en août 2021 et s'est marié en janvier 2022, soit depuis moins de deux ans tandis qu'il n'établit pas ni n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents. Le requérant fait valoir qu'il participe à l'éducation du fils de son épouse avec qui il partage une grande complicité. Il expose la situation difficile à laquelle doit faire face cet enfant. Toutefois, ces allégations ne permettent pas de justifier que le requérant entretient avec cet enfant des liens d'une particulière intensité nécessitant sa présence à ses côtés. Enfin, si M. A se prévaut de son intégration dans la société française, notamment en tant que licencié et bénévole dans une association sportive, cette circonstance n'est pas de nature à démontrer une intégration particulière. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige sont entachées d'un défaut d'examen sérieux, d'une erreur manifeste d'appréciation ni qu'elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
8. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Selon l'article L. 612-2 dudit code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
9. M. A soutient qu'il aurait dû bénéficier d'un délai de départ volontaire et que le préfet du Cantal a inversé cette règle dès lors que l'arrêté en litige indique qu'il " ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé ". Dans son mémoire en défense du 6 juin 2023, le préfet du Cantal entend faire valoir que, pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A, il s'est fondé sur l'entrée irrégulière de l'intéressé sur le territoire français, son maintien irrégulier pendant près de trois ans et sur le fait que les parents de l'intéressé résident au Maroc. Toutefois, ces motifs ne figurent pas parmi ceux énumérés à l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité qui permettent de déroger aux dispositions de l'article L. 612-1 de ce code. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision lui refusant un tel délai est entachée d'une erreur de droit et à en demander l'annulation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Cantal est annulé en tant qu'il prive M. A d'un délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Cantal.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Brun, conseiller.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
S. BADER-KOZA
L'assesseure la plus ancienne,
M. JAFFRÉ
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2300800
AC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026