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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300801

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300801

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. B, ressortissant malien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par la préfète de l'Allier. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté. Il a ensuite examiné le moyen tiré de l'erreur de droit, en rappelant les conditions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet une admission exceptionnelle au séjour pour les anciens mineurs confiés à l'aide sociale à l'enfance. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le jugement a été rendu sur la base des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du décret n° 2015-1740 relatif à la vérification des actes d'état-civil étrangers.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 avril 2023, le 6 août 2024 et le 26 août 2024, M. C B, représenté par Me Bucci, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à compter de la décision à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors que la préfecture s'est abstenue de procéder aux vérifications utiles auprès des autorités du Mali et s'est fondée sur des éléments erronés du rapport de la police aux frontières ; l'arrêté mentionne de manière erronée que le passeport original qu'il a fourni " a été émis par l'ambassade de Côte d'Ivoire en France ce qui justifie l'absence de visa " ; la police aux frontières a fait l'analyse d'un acte de naissance et non d'un passeport tel que cela est mentionné dans l'arrêté litigieux ; les mentions relatives à son identité sont erronées ; aucune analyse ne remet en question la validité de son passeport ; il a présenté un document justifiant de son état-civil ; il n'a jamais été mis en mesure de présenter ses observations sur le rapport réalisé par la police aux frontières ;

- il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour mention salarié ; il est intégré professionnellement ; en juin 2024, il a obtenu son certificat d'aptitude professionnel spécialité " cuisine " ; il travaille depuis deux ans en qualité d'apprenti dans un restaurant ; son employeur souhaite conclure avec lui un contrat à durée indéterminée à la rentrée de septembre 2024 ; il a tissé des liens forts en France, notamment dans le cadre de son travail et de ses activités sportives.

La préfète de l'Allier a communiqué des pièces, enregistrées le 24 avril 2023.

La préfète de l'Allier a produit un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, qui n'a pas été communiqué en application des dispositions du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état-civil étranger ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bader-Koza a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, en septembre 2020. S'étant déclaré mineur, il a été confié au service de l'aide sociale de l'enfance. Le 3 février 2023, devenu majeur, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mars 2023, la préfète de l'Allier a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signée par M. Alexandre Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté de la préfète de ce département du 30 mars 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de séjour en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. D'autre part, l'article R. 431-10 du même code prévoit que : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état-civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet () ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par le requérant sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Allier s'est fondée sur l'irrégularité de l'acte d'état-civil produit par l'intéressé dans le cadre de l'instruction de sa demande, à savoir, un passeport original " émis par l'ambassade de Côte d'Ivoire en France ce qui justifie l'absence de visa ".

6. Tout d'abord, si les dispositions précitées imposent à l'autorité administrative, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte d'état civil, de procéder à toutes vérifications utiles, elles ne lui imposent pas, en revanche, de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre Etat afin d'établir qu'un acte d'état-civil présenté comme émanant de cet Etat est dépourvu d'authenticité. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en s'abstenant de procéder aux vérifications utiles auprès des autorités du Mali pour refuser de lui accorder un titre de séjour, la préfète de l'Allier a commis une erreur de droit.

7. De plus, si l'arrêté en litige mentionne, de manière erronée, que le requérant a fourni un passeport ivoirien, la préfète de l'Allier verse au dossier un rapport simplifié d'analyse documentaire réalisé le 7 avril 2021 par les services de la police aux frontières concernant un acte de naissance malien dressé au nom du requérant. Ces erreurs de plume relatives au document analysé et à la nationalité du requérant sont donc, au cas d'espèce, sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Il ressort de ce rapport simplifié d'analyse documentaire, produit à l'instance et non sérieusement contesté par le requérant, que les services de la police aux frontières ont rendu un avis défavorable sur cet acte de naissance, concluant à son irrecevabilité. Par ailleurs, si M. B verse au dossier un autre acte de naissance comportant les mêmes mentions que celui soumis à l'analyse de la police aux frontières, ce nouvel acte de naissance indique un numéro d'acte différent, de sorte que la production de cet acte contenant une mention contradictoire avec le premier acte ne permet pas davantage de s'assurer de l'identité du requérant.

8. Enfin, si le requérant produit un jugement supplétif du 23 juin 2023, non soumis à l'administration, ainsi qu'un passeport malien délivré le 4 mai 2023, ces éléments postérieurs à la décision attaquée et, de plus, établis sur la base d'éléments erronés, ne permettent toujours pas de s'assurer de l'identité de l'intéressé et sont donc sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, dès lors que M. B ne peut être regardé comme ayant produit des documents justifiant de son état-civil, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions pour obtenir la délivrance du titre de séjour demandé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, dès lors que M. B ne justifie pas de la production d'un document justifiant de son état-civil, il n'est, en tout état de cause, pas fondé à se prévaloir de son intégration professionnelle et de liens forts tissés en France dans le cadre de son travail et de sa pratique d'activités sportives.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Brun, conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. BADER-KOZA

L'assesseure la plus ancienne,

M. JAFFRÉ

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300801

AC

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