jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP SOUTHON & AMET-DUSSAP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2023, Mme C B épouse A, représentée par la SCP Bernard Southon-Anne Ame-Dussap, Me Amet-Dussap, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- Sur le refus de titre de séjour :
* il a été pris par une autorité incompétente ;
* il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* il est entaché d'une erreur de fait dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
* il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
* il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- Sur l'obligation de quitter le territoire français :
* elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de titre de séjour ;
* elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
* elle est entachée d'une erreur de droit ;
* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 août 2024.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Debrion a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante gabonaise née le 8 mars 1970, est entrée en France régulièrement le 4 août 2016, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles valable jusqu'au 13 août 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 27 juillet 2018 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 février 2019. Elle a fait l'objet, le 7 octobre 2019, d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de la Moselle. Après s'être marié avec M. A, ressortissant français, le 26 décembre 2020, elle a, le 29 octobre 2021 sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Français. Elle a obtenu le titre de séjour demandé pour la période du 14 février 2022 au 13 février 2023. Le 9 janvier 2023, Mme A a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 20 mars 2023, la préfète de l'Allier lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une décision fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme B épouse A demande l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. Alexandre Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier. Ce dernier disposait, en vertu d'un arrêté n° 656/2023 du 6 mars 2023 pris par la préfète de l'Allier et régulièrement publié au recueil des actes de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer un certain nombre de décisions à l'exception desquelles ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme A avant de prendre la décision en litige.
4. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité le renouvellement du titre de séjour qui lui a été délivré en qualité de conjoint d'un ressortissant français, soit sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait sollicité son admission au séjour en se prévalant des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme A ne peut utilement soutenir que la décision portant refus de titre de séjour en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Mme A qui est entrée en France le 4 août 2016 et y séjournait donc depuis presque sept années à la date de la décision en litige, n'a toutefois effectué ce séjour que majoritairement de façon irrégulière. Ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, sa demande d'asile a été rejetée, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait exécuté la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet le 7 octobre 2019. Elle est mère de quatre enfants dont deux mineurs mais indique résider avec un seul de ses enfants mineurs. Il est constant qu'à la date du refus de titre de séjour contesté, elle était séparée de son époux français avec lequel elle s'était mariée le 26 décembre 2020 et elle ne justifie, par les documents qu'elle produit, notamment les attestations, ni de liens d'une particulière intensité qu'elle entretiendrait avec ses deux autres enfants présents en France, ni de liens de cette nature qu'elle entretiendrait avec d'autres membres de sa famille également présents en France. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les contrats d'engagement conclus pour faire face à un accroissement temporaire d'activité avec la commune de Commentry le 8 septembre 2022 et le 14 décembre 2022 auraient été renouvelés au-delà du 7 juillet 2023, date de fin du second contrat. L'intégration significative de Mme A n'est pas non plus établie par ses actions en tant que bénévole au sein des associations " Les restaurants du Cœur " et " la Croix Rouge française ". En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa fille née en 2013 qui réside avec elle ne pourrait pas poursuivre sa scolarité au Gabon. Enfin, la requérante n'établit pas être dépourvue de toutes attaches dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 46 ans, et ce quand bien même ses parents, son premier époux et son fils y seraient décédés. Par suite, et quand bien même elle aurait signé un contrat d'intégration républicaine et aurait suivi plusieurs formations afin de respecter les engagements de ce contrat, elle n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour pris à son encontre l'a été en méconnaissance des stipulations citées au point précédent.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative n'aurait pas, au moment de l'édiction de la décision en litige, accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de la fille mineure de Mme A née en 2013 et qui réside avec elle et de sa fille mineure née en 2007 et qui vit en région parisienne dès lors que la requérante ne fait valoir aucune circonstance particulière concernant ses enfants s'opposant à cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de titre de séjour.
11. En deuxième lieu, lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision portant refus de séjour lorsque celle-ci est elle-même motivée et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées. En l'espèce, la décision litigieuse indique qu'elle a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
12. En troisième lieu, Mme A soutient que la mesure d'éloignement prise à son encontre est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait dû lui être délivrée. Toutefois, pour les raisons exposées au point 7, la requérante ne peut pas prétendre à la délivrance d'une telle carte de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par la préfète de l'Allier doit être écarté.
13. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- M. Debrion, premier conseiller,
- M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
J-M. DEBRION
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300821
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026