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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300871

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300871

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2023, M. B A, représenté par Me Demars, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 février 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à tout le moins, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 7 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jours de retard, et dans l'attente, de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ; le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas tenu compte de sa situation scolaire ; il ne mentionne pas les démarches accomplies par ses deux parents en vue de régulariser leur situation administrative ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie d'une durée de quatre ans de présence en France ; il a été scolarisé sans discontinuer dans l'enseignement secondaire public ; il justifie d'un bon niveau en langue française ; il s'est investi dans plusieurs activités associatives bénévoles notamment de traduction auprès de plusieurs médecins généralistes de Clermont-Ferrand ; l'essentiel de la cellule familiale se trouve en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ; le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas tenu compte de sa situation scolaire ; il ne mentionne pas les démarches accomplies par ses deux parents en vue de régulariser leur situation administrative ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire de 30 jours ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant refus d'un délai de départ volontaire de 30 jours :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une erreur de droit ; le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas tenu compte de sa situation scolaire ; il ne mentionne pas les démarches accomplies par ses deux parents en vue de régulariser leur situation administrative ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de son exécution sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.

Par une ordonnance du 12 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juillet 2023 à 12 heures.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bader-Koza, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, est entré sur le territoire français le 17 mars 2019 d'après ses déclarations où sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 7 août 2019. Par courrier du 21 juillet 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur l'article L. 423-23 du même code. Par une décision du 20 février 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision du 20 février 2023 en litige, pour l'ensemble des décisions qu'elle édicte, comprend les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, laquelle est dépourvue de valeur règlementaire et ne contient aucune ligne directrice invocable.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement le 7° de l'article L. 313-11 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entrée en France le 17 mars 2019 alors qu'il était âgé de 15 ans, accompagné de ses parents, où il a effectué sa scolarité dans l'enseignement secondaire. Si le requérant se prévaut de la présence en France de ses parents et de ses deux frères et produit des récépissés de demande de titre de séjour au nom de sa mère, des contrats à durée déterminée au nom de son père et des certificats de scolarités au nom de ses frères, ces documents, au demeurant tous expirés à la date de la décision attaquée, ne permettent pas d'établir la régularité du séjour de la cellule familiale, ou, à tout le moins sa présence en France. En tout état de cause, M. A a atteint la majorité et a vocation à vivre indépendamment de ses parents. D'autre part, il n'établit ni n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine tandis qu'il ne démontre pas qu'il ne pourrait y poursuivre ses études supérieures. Par ailleurs, les circonstances qu'il soit bénévole au sein d'associations et qu'il maîtrise la langue française ne suffisent pas, à elles seules, à justifier d'une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, y compris le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. En se bornant à faire état de sa présence en France depuis 2019, ainsi que de celle de ses parents et de ses deux frères qui n'est au demeurant pas établie, d'une scolarité dans l'enseignement secondaire de 2018 à 2023, d'une maîtrise de la langue française et de son engagement au sein d'associations, M. A ne justifie pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant que lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

9. En sixième lieu, et au regard de tout ce qui précède, M. A, qui au demeurant n'apporte aucune précision quant à la nécessité de bénéficier d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a entaché sa décision du 20 février 2023 d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En septième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision du 20 février 2023 attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procéder à un examen complet de la situation personnelle de M. A. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En huitième lieu, au regard de tout ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ne peut qu'être écarté.

12. En neuvième lieu, au regard de tout ce qui précède, les moyens tirés de ce que les décisions portant délai de départ volontaire à 30 jours, refusant un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours et fixant le pays de destination sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 février 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Brun, conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA

L'assesseure la plus ancienne,

M. JAFFRÉ

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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