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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300876

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300876

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300876
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantACHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2300876 le 1er mai 2023 et le 21 mai 2023, Mme A E, représentée par Me Achou, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux, dès lors qu'il a été notifié le 14 avril 2023, a forcément été signé ultérieurement au 6 avril 2023 ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur chacun des quatre critères prévus au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; au demeurant, au moins une des conditions n'est pas remplie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 29 avril 2023.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2300877 le 1er mai 2023 et le 21 mai 2023, M. B C, représenté par Me Achou, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux, dès lors qu'il a été notifié le 14 avril 2023, a forcément été signé ultérieurement au 6 avril 2023 ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur chacun des quatre critères prévus au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; au demeurant, au moins une des conditions n'est pas remplie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 29 avril 2023.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 31 mai 2023 :

- le rapport de Mme D,

- Me Achou, avocat de Mme E et de M. C, qui reprend les termes de ses écritures et qui insiste sur le moyen tiré de ce que les arrêtés en litige ont été antidatés, faisant notamment valoir qu'à ce titre, la signature apposée sur les arrêtés constitue un faux au sens du code pénal.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E et M. C, ressortissants géorgiens, sont entrés en France le 8 octobre 2022, accompagnés de leurs trois enfants mineurs. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 23 janvier 2023. Par deux arrêtés du 6 avril 2023, le préfet de la Haute-Loire les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par les présentes requêtes, Mme E et M. C demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes présentées par Mme E et M. C sous les n° 2300876 et n° 2300877 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y être statué par la présente décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si les requérants soutiennent que les arrêtés en litige n'auraient pas été signés le 6 avril 2023 au regard de leur date d'envoi le 14 avril 2023, cette circonstance à elle seule est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Au surplus, le retard pris dans l'envoi d'une décision administrative ne saurait établir que cette décision serait antidatée.

4. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français en litige comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, les mesures d'éloignement en litige n'impliquent pas par elles-mêmes la séparation des requérants et de leurs enfants, ni la séparation des parents, qui sont de même nationalité. Les requérants ne peuvent utilement faire état de la circonstance que leurs enfants ne comprendraient pas un retour en Géorgie où leurs parents ont été menacés devant eux, dès lors les décisions les obligeant à quitter le territoire n'ont pas pour effet de fixer le pays de destination de la mesure d'éloignement. En tout état de cause, les demandes d'asile des requérants ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et ils n'apportent aucun élément permettant d'établir la réalité ni l'actualité des menaces et attaques dont ils auraient fait l'objet en raison du crime commis par le père de M. C. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

7. Les requérants, qui se prévalent des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions abrogées mais reprises, depuis le 1er mai 2021, aux articles L. 612-8 et L. 612-10 de ce code, doivent être regardés comme invoquant la méconnaissance des dispositions de ces articles.

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation des décisions en litige, que le préfet a fondé ses décisions sur la présence en France très récente des requérants et sur l'absence de justificatifs témoignant de la nature et de l'ancienneté des liens avec la France. Par suite, alors même qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que leur présence ne constitue pas une menace à l'ordre public, le préfet a examiné l'ensemble des critères précités, au demeurant non cumulatifs, a suffisamment motivé ses décisions et n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés en litige.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

10. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

11. Il résulte des points précédents que les conclusions présentées par M. C et Mme E sont manifestement infondées. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C et Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à M. B C et au préfet de la Haute-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La présidente,

S. DLe greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2300876, 2300877

JC

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