vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300895 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 mai 2023, 15 janvier et 22 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Pignaud, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 17 avril 2023 par laquelle la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'État en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision de refus de titre de séjour :
- n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour préalablement à son édiction ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'erreur de droit, dès lors que les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent pas de condition d'entrée régulière sur le territoire français ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, la préfète de l'Allier conclut au non-lieu à statuer.
Elle fait valoir que la décision attaquée a été retirée.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par une décision du 7 juin 2023.
Une ordonnance en date du 16 janvier 2024 a fixé la clôture d'instruction au 8 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 juin 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Jurie.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 17 avril 2023, la préfète de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, ressortissant tunisien. Le requérant demande l'annulation de cette décision.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense par la préfète de l'Allier :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu, pour le juge de la légalité, de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
3. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision datée du 11 janvier 2024, la préfète de l'Allier a retiré le refus de titre de séjour en litige. Toutefois, cette décision de retrait ne comportait pas l'indication des voies et délais de recours, lesquels ne sont donc pas opposables à M. B. Dès lors, le retrait ainsi opéré n'a pu acquérir un caractère définitif. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense par la préfète de l'Allier doit être écartée.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
4. Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien susvisé : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 412-2 dudit code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'étranger est exempté de la production du visa de long séjour mentionné au même article pour la première délivrance des cartes de séjour suivantes : / () / 2° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue aux articles L. 423-7, L. 423-13, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 () ". Aux termes de l'article L. 423-7 dudit code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
5. Il ressort des mentions de la décision en litige que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Allier a retenu que l'intéressé n'était pas entré régulièrement sur le territoire français. Toutefois, il résulte des dispositions précitées des articles L. 412-2 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger est exempté de la production du visa de long séjour pour la première délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article
L. 423-7 dudit code. Dans ces conditions, en refusant la délivrance de ce titre de séjour au seul motif de tiré de l'irrégularité de l'entrée de M. B sur le territoire français, la préfète de l'Allier a commis une erreur de droit en méconnaissance des dispositions susmentionnées.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 avril 2023 par laquelle la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, eu égard au motif d'annulation, qu'un titre de séjour soit délivré à M. B mais seulement qu'une nouvelle décision soit prise sur son droit au séjour au vu de la situation de droit et de fait existant à la date de ce réexamen. Or, il résulte de l'instruction que, par un arrêté en date du 11 janvier 2024, la préfète de l'Allier a retiré le refus de titre de séjour du 17 avril 2023 et a décidé qu'un nouvel examen de la situation de M. B serait effectué. Dans ces conditions, le présent jugement n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent donc être rejetées.
Sur les frais d'instance :
8. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'État au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 avril 2023 par laquelle la préfète de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est annulée.
Article 2 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300895
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