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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300905

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300905

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2023, Mme B A, représentée par l'AARPI Ad'Vocare, avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour sans délai et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours suivant la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que,

la décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

l'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

la décision fixant le pays d'éloignement :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.

Une ordonnance en date du 6 juin 2023 a fixé la clôture d'instruction au 7 juillet 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- et les observations de Me Gauché, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par des décisions en date du 9 novembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A, ressortissante sénégalaise, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. La requérante demande l'annulation de ces décisions.

2. La décision attaquée est signée par M. Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 21 avril 2022 du préfet du Puy-de-Dôme, régulièrement publié le 22 avril 2022 au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au droit au séjour des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour attaqué doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Mme A fait valoir qu'à la date de la décision attaquée elle résidait régulièrement en France depuis 2013 ; qu'elle a travaillé comme agent d'exploitation ; qu'elle a donné naissance à deux enfants en France et que l'aîné y est scolarisé. Toutefois, l'intéressée ne conteste pas les mentions du refus de titre de séjour en litige selon lesquelles elle a séjourné en France entre le 17 octobre 2014 et le 30 décembre 2020 sous couvert d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", laquelle ne donne pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. En outre, il ressort des mêmes mentions que la requérante est célibataire et mère de deux enfants de nationalité sénégalaise. Par ailleurs, la scolarisation de l'aîné de ses enfants à l'école maternelle Victor Hugo de Clermont-Ferrand, à la supposer même établie par les pièces du dossier, alors qu'il n'est pas démontré, ni même allégué, qu'il ne pourrait pas être scolarisé dans son pays d'origine, ne fait pas, par elle-même et à elle seule, obstacle à la reconstitution de la cellule familiale de Mme A hors de France. Enfin, aucune des pièces soumises à l'appréciation du tribunal ne tend à corroborer que l'intéressée entretiendrait des liens intenses, anciens ou stables sur le territoire français. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le refus de titre de séjour édicté à l'encontre de Mme A ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour soulevé contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2 du présent jugement.

Sur la légalité de la décision fixant le pays d'éloignement :

7. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre la décision fixant le pays d'éloignement doit être écarté.

8. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision fixant le pays d'éloignement doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2 du présent jugement.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 28juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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