jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300938 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2023, M. et Mme A B demandent au tribunal d'annuler la décision du 26 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation du Puy-de-Dôme a rejeté leur demande tendant à se voir reconnaître la qualité de demandeur prioritaire d'un logement, ensemble la décision du 23 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du Puy-de-Dôme a rejeté leur recours gracieux.
Ils soutiennent que :
- leur demande était prioritaire dès lors qu'ils ont reçu congé du propriétaire du logement qu'ils occupent leur demandant de quitter les lieux, à compter du 1er octobre 2023, en vue de reprendre le bien loué en tant que résidence principale ;
- leurs démarches auprès des bailleurs sociaux n'ont pas abouti.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- Mme B n'a pas renseigné le volet handicap de sa demande de logement social ;
- elle est actuellement logée dans un logement adapté aux ressources du foyer ;
- le bail ne se termine que le 6 mars 2024, laissant un temps suffisant pour se reloger par ses propres moyens.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont saisi le 29 septembre 2022 la commission de médiation du Puy-de-Dôme d'une demande en vue d'une offre de logement. Par une décision du 26 janvier 2023, la commission de médiation du Puy-de-Dôme a rejeté la demande de logement de M. et Mme B au motif que le volet handicap de la demande n'a pas été renseigné et que leur demande de logement ne présente pas un caractère d'urgence. Par une décision du 23 mars 2023, notifiée le 20 avril 2023, la commission de médiation a rejeté le recours gracieux de M. et Mme B. Par la présente requête, ces derniers demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " ;
3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 II du code de la construction et de l'habitation dans sa version applicable au présent litige : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code dans sa version applicable au présent litige : " Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () -être handicapées, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".
4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. A cet égard, ne peuvent être regardées comme étant menacées d'expulsion, au sens desdites dispositions, que les personnes ayant effectivement fait l'objet, à la date de la décision de la commission de médiation, d'une décision de justice prononçant leur expulsion du logement qu'elles occupent.
5. D'une part, alors que la commission de médiation a rejeté la demande de logement des requérants au motif que le volet handicap n'était pas renseigné, les requérants se bornent à faire valoir que leur foyer est composé de deux adultes handicapés, soient Mme B et leur fils majeur, mais sans justifier que leur logement actuel ne serait pas adapté à cette situation de handicap.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B se sont vus signifier, par un courrier simple de leur propriétaire, son intention de mettre fin au bail qui les lie jusqu'au 6 mars 2024, afin de reprendre le logement loué comme résidence principale, si possible au 1er octobre 2023. Toutefois, ce seul congé de leur propriétaire n'était pas de nature, à la date de la décision en litige, à caractériser une situation d'urgence, ni à ce que les requérants soient regardés comme étant menacés d'expulsion à court ou moyen terme, au sens des dispositions précitées, dès lors qu'ils n'avaient pas fait l'objet d'une décision de justice prononçant leur expulsion. Par suite, c'est à bon droit que la commission de médiation a pu considérer que leur demande était dépourvue d'urgence et ainsi la rejeter.
7. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions en litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
eco
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